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Essais - Nouvelles, Textes se rapportant à GW...
Kitty
posté 12/05/2008, 15:54
Message #1


Modératrice GW


Groupe : Modérateurs GW
Message : 508
Joint le : 23/12/2007
De : Nord de la Tyrie
Membre No. : 117



Autre sujet pour le séparer des De Palombe, car il n'en sera normalement pas question ici. Voici d'autres textes, beaucoup plus courts, parfois non terminés mais qui peuvent appeller à l'inspiration. En fait, j'écris ces lignes en me posant des défis avec l'un de mes camarades guildeux (qui se reconnaitre j'espèreà happy.gif j'ignore donc où ça peut réellement m'amener.

J'ai surnommé le premier défi que nous avons eu ensemble "Futur". Le but étant d'inventer un personnage dans le futur de GW, environ 100 ans après, et de le faire déambuler dans ce monde normalement différent de celui que nous "connaissons".

Je vous présente ici le texte que j'ai réussi à faire. Pour les plus clairvoyants, il n'y a pas de fin à proprement parlé, mais qui sait, un jour peut-être ^^ Bonne lecture à vous ( et n'hésitez à me dire ce que vous en pensez, ou ce que vous voyez pour la suite. Ca peut être intéressant de voir comment vous voyez le futur de GW avant GW2. Oui parce que 250 ans, c'est loin quand même tongue.gif )

Futur

Il faisait nuit depuis plusieurs heures déjà. Le ciel était chargé d'électricité et la Mer de Jade grondait lorsque ses vagues venaient se fracasser contre les rochers en rejetant des centaines de cristaux verts sur la plage, dernière preuve de son ancien état séculaire.
Kino Kuroshiro était simplement assis au bout d'une table, dans cette auberge de bois pourri qui semblait difficilement survivre dans les terres Kurzik. Le feu de cheminée crépitait dans le vacarme typique de ce genre d'endroit, entre hommes bon à dessaouler, joueurs et chanteurs, mais le jeune homme ne semblait pas être en ce moment dans le même univers, les yeux dans le vague.

Ses cheveux courts d'albinos cachés sous une capuche, il ressemblait à un étranger avec ses traits un peu brutes et son regard lointain, mais il était bien de ce pays déstructuré par la guerre civile. Pays qu'il détestait par ailleurs. Il ne se sentait nul part chez lui.
Pensif, il reprit un bolée de liqueur de riz et sentit que les vapeurs d'alcool commençaient à lui monter à la tête. Il apprécia cet état et l'accentua par un nouveau verre ingurgité tout aussi vite et qui le fit tomber sur le coude, soudain un peu plus lourd.
_5 de dès ! ah ah j'ai gagné !
Un cri de joie le fit sortir de sa léthargie. Un joueur, un guerrier mal embouché, jeta ses dès avec hargne alors que son adversaire, un simple paysan dansait presque de joie en comptant les pièces d'or qui maculait la table.
_On m'la fait pas à moi ! Trois 5 de dès à la suite, ça se peut pas !
Le guerrier tapa du poing et se redressa furieusement en attrapant le paysan par le col. Son geste fit tomber l'argent et réveilla la convoitise des poivrons soudain réveillés. Ils se jetèrent dessus avec avidité, provoquant alors une bagarre générale.
Kino fit comme si cela ne le touchait pas et continua de boire à son rythme, l'air apaisé.
_Bouse de bauge va !

Il souleva son verre quand deux imbéciles s'effondrèrent sur sa table en se traitant de noms très relevés et soupira en les voyant retomber sur le sol comme deux enfants en pleine dispute. Voyant qu'il ne serait pas tranquille, il se leva de son tabouret et se dirigea vers la sortie en slalomant entre les individus et en évitant les gobelets lancés à la tête de qui vous voulez.
_Eh l'albinos ! T'as pas payé tes consommations !
Le patron l'attrapa brutalement par le bras et le toisa d'une dague bien aiguisée. Kino haussa un sourcil et soupira en reprenant son bras. Il s'abaissa tranquillement sous les yeux agacés de l'aubergiste et ramassa les pièces abandonnées au milieu de la bagarre. Il les tendit sereinement à l'homme qui ne trouva rien à redire à ça, perturbé par le calme olympien qui entourait cet homme malgré le tumulte de la pièce.
Il le laissa repartir, son arme à la main, et l'albinos quitta l'établissement sans prononcer un seul mot. Il s'arrêta à quelques mètres du bâtiment et leva le nez pour sentir cette pluie fine lui frapper le visage.

Tout autour de lui, la forêt Kurzik régnait sur les terres, plus verdoyante et envahissante que jamais. Mais l'aura était toujours aussi malsaine. Shiro Tagachi avait beau être mort une seconde fois depuis près d'un siècle, sa marque pourrissait encore l'écorce de certains arbres et le pollen de certaines fleurs. Kino soupira en remettant sa capuche à la bonne place et attrapa le sac qu'il trimballait comme unique bagage sur l'épaule. Il avait bien l'intention de gagner la capitale canthienne, mais il n'était pas pressé. Il avait tout son temps…
Le temps…était le cadet de ses soucis. Il n'était pas vieux de corps, mais son âme et son esprit étaient très anciens. C'est pour cette raison que le monde semblait glisser sur lui comme une seconde peau sans jamais le blesser.

Ainsi, il voyagea jusqu'au Centre de Kaineng sans grande difficulté et s'arrêta quelques jours dans une bâtisse quelque part dans le Bazar. Il sentait plus à l'aise dans ce labyrinthe de ruelles et de coins sombres que dans un bel endroit tapissé de pierre précieuse. Il savait que le pays souffrait de troubles économiques et sociaux de plus en plus importants depuis que la Mer de Jade avait retrouvé sa forme première et que la forêt Kuzienne sa verdure. Les luxons et kurzik étaient d'autant déchirés malgré l'alliance qui les avaient soudés lors de la mort de Tagachi…un beau gâchis en vérité.

Kino ouvrit son seul bagage sur la couche de la chambre réservée et s'en alla jeter un coup d'œil à l'unique fenêtre. Il avait beau faire jour, le ciel était aussi sombre que lors d'un coucher de soleil ombrageux.
_Eh le vieux, dégage de mon chemin !
Il baissa les yeux et vit une rixe commencer juste à quelques mètres, mêlant un simple mendiant avec deux hommes vêtus d'un même uniforme. L'albinos fronça les sourcils : le sans abri supportait les coups sans rien dire, recroquevillé sur lui-même en attendant que ça passe. Mais ses deux agresseurs finirent par se lasser de son manque de réaction et l'abandonnèrent rapidement pour reprendre leur route comme si ne rien était. Kino observa ce spectacle avec un certain intérêt anthropologique puis regarda le mendiant se relever non sans douleur et ramasser son chapeau de paille en évitant les badauds qui ne semblaient pas troublés par l'événement somme toute banal.

Il revint dans sa chambre et prit le temps de se défaire de ses vêtements pour ses ablutions et sa méditation journalière. Il aimait se retrouver seul dans son propre monde, bien trop compliqué pour le commun des mortels, qui lui apportait paradoxalement un certaine soulagement quant à son comportement quotidien.
Il reprit ses esprits après de longues heures et se rhabilla avec le désir de prendre un peu l'air. Il referma son sac dans un souci de préservation et quitta cette chambre que finalement, il n'allait pas réellement occuper.

Il décida de refaire le plein de victuailles pour la suite de son voyage et se dirigea vers l'ancienne Place du marché d'un pas tranquille. L'air était pourtant lourd et chargé d'électricité. Son allure et son visage caché attirait l'attention des hommes fourbes et effrayait les autres qui ne voulaient surtout pas être mêlé à d'autres affaires louches. Il ne s'en formula pas, habitué à ce genre de réaction à son égard. Cela ne le touchait pas.

Il continua de déambuler au grès de ses envies et des étalages de marchand qui offraient des sucreries aux passants et acheta ce dont il avait besoin pour ses pérégrinations futures. Le ciel continua de se couvrir et commença même à gronder au loin.

Evidemment, ça appelle à l'imagination ^^


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Kitty
posté 12/05/2008, 19:09
Message #2


Modératrice GW


Groupe : Modérateurs GW
Message : 508
Joint le : 23/12/2007
De : Nord de la Tyrie
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Etant donné l'intérêt général que ce texte suscite rolleyes.gif , je poste une nouvelle concernant un autre thème : "Amnésie". Je pense que c'est assez explicite. C'est "relativement" long, donc bon courage et Bonne lecture.

[Première Partie]
C'est l'eau qui m'a fait reprendre mes esprits. L'eau et le sable qui était en train de m'envahir la bouche.
_Argh…reuh !
J'ai toussé de tous mes poumons et j'ai craché en essayant de me reprendre. Une vague est venue me frapper dans le dos et je suis retombée sur les coudes, l'esprit embrouillé. J'avais mal partout et je ne savais plus vraiment où j'étais. Mes cheveux me tombaient devant les yeux, m'empêchant alors de voir alors ce qui m'entourait. J'ai à peine fait un mètre à quatre pattes pour avancer un peu sur la plage et m'effondrer sur le sable chaud, les pieds léchés par les vagues.
Je suis restée un moment ainsi pour reprendre mon souffle et attendre que ma tête cesse enfin de tourner. Puis j'ai puisé dans mes ressources pour me redresser, l'air plutôt pitoyable. J'ai fait quelques pas en me tenant le bras gauche, mais mes jambes m'ont abandonné et je suis retombée à genoux, épuisée.

Où étais-je ? je concentrais pour savoir comment j'avais atterri sur cette plage inconnue, mais rien ne vint à l'esprit. Aucune image, aucune idée…un grand trou qui ne m'a laissé qu'une trop forte douleur à la tête.
_…c'est pas vrai…
Je me suis portée une main au front et j'ai découvert du sang entre mes lignes de main. J'ai baissé les yeux et j'ai vu cette armure blanche que je portais et qui me pesais sur la poitrine. J'avais également perdu l'une de mes bottes et ma jupe était déchirée sur le côté…d'où venait un tel vêtement ?
_…que m'est-il arrivé ?
J'ai regardé autour de moi : cette plage semblait infinie. Mais plus loin, se dessinaient d'énormes rochers, sans doute des vestiges des anciennes falaises et j'ai repris de l'élan pour m'y diriger en espérant pouvoir me repérer par la suite.

Petit à petit, j'ai perçu des bruits d'eau et des voix d'hommes assez fortes. Il y avait quelqu'un de l'autre côté !
Je me suis accrochée à la pierre pour tenter de me tenir debout et j'ai deviné quatre hommes, des pêcheurs qui étaient en train de ramener leur filet sur la berge. C'est vrai que je ne les connaissais pas, mais j'avais mal et j'ignorais où je me trouvais.
_S'il vous plait…
Je me suis écartée des rochers comme une âme en peine et ces hommes ont aussitôt abandonné leur travail pour courir vers moi.
_Par Dwayna !
Le plus âgé m'a rattrapé à temps alors que je menaçais de tomber en avant, les jambes tremblantes.
_Vous êtes mal en point ! Non non, ne vous forcez pas !
Trois jeunes garçons qui se ressemblaient beaucoup m'ont entouré et m'ont plus ou moins déshabillés du regard malgré mon état lamentable.
_Cémon ! Cours à la maison prévenir Julia, qu'elle prépare un bain et des vêtements propres !
_D'accord !
L'un des garçons a fait demi-tour et s'est élancé dans une direction inconnue alors que des points noirs commençaient à danser devant mes yeux.
_Accrochez-vous à moi. N'ayez pas peur.
Le vieil homme était doux et gentil. Il m'a offert son dos comme il aurait pu le faire pour un enfant et je me suis laissée entraîner, épuisée. L'un des garçons nous a accompagné et l'autre est resté sur la plage pour surveiller les filets de pêche. J'ai regardé autour de moi malgré la fatigue et j'ai remarqué qu'il m'emmenait plus dans les terres, en direction d'une bicoque qui semblait presque de travers, poussée chaque jour par le vent maritime.

_Julia !
La porte s'est ouverte sur une jeune fille d'une vingtaine d'année, protégée d'un tablier dans lequel elle s'essuya les mains avant de venir vers nous d'un pas rapide.
_Elle est blessée de toute part ! qu'est-ce qui s'est passé ?
_Je l'ignore. Tu peux la soigner ?
_Je vais essayer. Porte-la sur mon lit, j'arrive.
J'ai à peine esquisser un sourire pour la remercier et son père m'a emmené à l'intérieur en faisant attention au montant de la porte. J'ai cru que l'intérieur était composé d'une seule pièce mais il m'a détrompé lorsque son fils a ouvert une autre porte qui menait sans doute à la chambre de la fille.
_Voilà…attention.
Il s'est baissé et j'ai pu m'accrocher à la couche qui me tendait les bras sans son aide. Ma tête était si lourde que j'aurai pu croire qu'elle allait tomber toute seule.
_Allez allez sortez tous les deux, je vais m'en occuper !
Je me suis recroquevillée sur moi-même, épuisée, mais une main calme s'est posée sur mon épaule et m'a fait tressaillir.
_N'aie crainte, tu es en sécurité ici. Mon père est un peu brute de coffre mais c'est un homme bon.
Je me suis légèrement redressée, les yeux papillonnant.
_Ne bouge pas, ton front saigne beaucoup.
Elle a porté une main vers moi mais je l'ai instinctivement repoussé d'un geste sec. Elle a semblé surprise puis m'a souri comme si j'avais réagi comme une enfant et qu'il ne fallait pas m'en vouloir.
_Tu veux rester dans cet état ? me dit-il simplement, tu ne souffres pas ?
_Je…
Comme pour prouver le contraire, ma tête a été traversé d'une douleur aiguë qui m'a forcé à fermer un œil et m'a fait pousser un cri de surprise.
_Doucement !
Elle a posé ses doigts sur ma tempe et j'ai tout de suite senti une sorte de chaleur m'envahir. La douleur s'est lentement atténuée et mon esprit s'est effondré dans les Limbes.

« Et moi je te dis que c'est une très mauvaise idée ! Et si nous nous faisions attraper ? »
« Rho t'as la trouille ? de tout' façon, les soldats ne voient rien ici ! »
« Même, j'veux pas finir en prison pour toi ! »
« Trouillarde ! Ah ah t'es qu'une trouillarde !
»
J'ai brutalement rouvert les yeux, le souffle difficile. Il faisait sombre mais de la lumière filtrait derrière le bout de tissu tendu devant l'unique fenêtre de la pièce. Je me suis lentement redressée et je me suis assise sur cette couche qui n'était pas la mienne. Mon bras était couvert d'un bandage et mon front était ceint d'un autre, plus léger. J'étais nue mais des vêtements avaient été pliés sur la seule chaise présente. L'armure que je portais avait été déposé sur le bord de la fenêtre, le poitrail de fer placé en avant. Pourquoi est-ce que je portais une telle chose ?
_La garder ici ? tu es folle !
_Et pourquoi je te pris ? elle a visiblement subi un fort traumatisme et doit prendre du repos !
_C'est une étrangère ! ça se voit non ? elle n'est pas comme nous !
_Cémon ne soit pas bête veux-tu ? nous n'allons pas la renvoyer dehors dans son état.
_Père ! Elle est sortie de nul part, qui te dit qu'elle n'est pas dangereuse ?
Les murs de la maison n'étaient pas très épais. Je n'ai pas eu besoin de tendre l'oreille pour entendre mes hôtes se disputer de l'autre côté. Etrangement, cela a aidé à calmer mon anxiété et retrouver un bout de mon esprit. Je pouvais comprendre l'inquiétude de ce garçon : moi-même, je ne savais pas ce que je faisais là.

_Ah, tu es réveillée ?
La porte de la chambre s'est ouverte sur la jeune fille qui m'avait sans doute soigné pendant mon inconscience. Elle a doucement tiré le tissu protégeant la fenêtre et j'ai deviné le soleil haut dans le ciel.
_Excuse mon jeune frère. Il apprécie mal les étrangers.
_…je suis une étrangère…
Elle a haussé un sourcil puis est venue s'asseoir sur le bord de son lit malgré ma tenue plus que légère.
_Tu ne sais pas d'où tu viens ?
_Je…
J'ai ouvert la bouche pour répondre mais rien n'en est sorti.
_Comment t'appelles-tu ?
J'ai froncé les sourcils. Cette question somme toute banale a provoqué une tempête dans mon esprit. J'ai réfléchi à toute allure, mais aucun nom n'est sorti.
_…je…je ne sais pas.
_Tu ne sais pas ?
_Non je…
Je me suis portée une main sur la tempe, paniquée.
_Je ne m'en souviens pas !
Quel était mon nom ? qui étais-je ? d'où est-ce que je venais ?! J'ai cherché dans les moindres recoins de mon esprit mais…seuls des visages me sont apparus. Des dizaines de visages différents qui me parlaient, me souriaient, me criaient dessus ou m'ignoraient. Des vieux, des jeunes, des riches, des pauvres…mais aucun nom, aucune solution à mes questions.

_Je ne m'en souviens pas ! je…je ne sais même plus comment je m'appelle !
_Calme-toi. Calme-toi, ce n'est pas si grave. Tu es sans doute encore sous le choc de ton agression.
Julia m'a doucement pris les mains pour empêcher leur tremblement et m'a regardé dans les yeux.
_Ça te reviendra le moment venu, n'aie crainte. Pour le moment, contente-toi de te reposer et de reprendre des forces.
_Mais…
_Nous allons te trouver un nom en attendant, tu veux bien ? dis-moi de quoi tu te souviens.
_De…
J'ai fermé les yeux un instant mais une seule image m'est venue à l'esprit.
_Le lever de soleil…
J'ai eu un étrange sourire.
_Le lever de soleil sur mon horizon.
_Quel horizon ?
_Du sable…du sable à perte de vue.
_Hum hum…ça explique ton grain de peau.
J'ai haussé un sourcil, perplexe quant à sa dernière remarque. Elle a levé un doigt pour me faire attendre puis est allée fouiller dans un coffre qui devait sans doute tenir toutes ses possessions. Elle en a sorti un petit miroir légèrement fêlé et me l'a tendu avec franchise. Je m'en suis saisie sans comprendre où elle voulait en venir et je me suis regardée dedans, inquiète.
J'ai découvert un visage aux traits fins, à la peau bronzée et aux yeux étonnement dorés.
_C'est moi ça ?
_On dirait bien, se moqua-t-elle gentiment en revenant s'asseoir, à mon avis – je ne suis pas une experte mais…tu as de grandes chances d'être une élonienne.
_Une Elonienne ?
_Oui une native d'Elona, le pays du soleil. Ça expliquerait pourquoi mon père et mes frères t'ont découverte sur la plage. Ton bateau s'est peut-être échoué non loin d'ici…je vais leur en parler, ne bouge pas !

Julia s'est brusquement levée et a quitté la chambre d'un pas rapide, portée par son idée. Je me suis retrouvée seule avec ce miroir comme seule preuve de mon existence.
_Un bateau…
« Tu veux traverser les mers ? et pourquoi ne pas nous jeter dans la gueule du loup pendant que tu y es ! »
_Arg…
Je me suis attrapée la tête, la tempe douloureuse. A qui était cette voix furieuse ? impossible de mettre un visage dessus…mais pourquoi ma mémoire refusait de fonctionner normalement ?!
Je suis restée un moment ainsi, pliée sur moi-même, le souffle dur. Cette émotion de peur qui me traversait, je n'en avais pas l'habitude. Je ne savais pas comment la gérer. Comment savoir ce qui m'étais arrivé si tout mon passé avait disparu de mon esprit ?

_Tout va bien ?
J'ai levé le nez quand Julia est revenue après de longues minutes, la poignée de la porte encore dans la main.
_Tu veux peut-être quelque chose à manger…tu as faim ?
_Non je…merci.
Elle a fait une mine explicite en m'observant un long moment.
_J'ai discuté avec mon père et il est d'accord avec mon idée. Il pense aller voir un peu en mer si un navire s'est échoué au loin. Sinon, il y a toujours la solution de demander à la garde du lion.
_La garde du lion ?
_La garde qui protège l'Arche et ses environs. Le plus grand port de Tyrie. Tous les bateaux étrangers viennent y accoster, cela devait sans doute être ta destination. Tu te souviens pourquoi tu devais venir chez nous ?
J'ai faiblement secoué la tête, penaud.
_Je pense que tu devrais venir avec nous demain au marché. Si tu es en forme bien sûr. Peut-être que des gens te reconnaîtront.
_…si mon bateau a échoué, j'ai des doutes.
_Qui sait ? ne perds pas courage Aurore.
J'ai tressailli lorsqu'elle m'a interpellé.
_Aurore ?
_Oui, me dit-elle en souriant, c'est un beau prénom non ? et je trouve que cela va parfaitement avec la couleur de tes yeux.
Je n'ai pas répondu, à la fois touchée et un peu perturbée. Cette fille était très gentille mais je ne savais pas quoi en penser. Après tout, j'étais une parfaite inconnue. Autant pour elle que pour moi d'ailleurs…
« Comment ais-je pu jusqu'à oublier mon propre nom… ? »
J'ai posé le miroir sur le côté et je me suis rallongée quand je me suis de nouveau retrouvée seule dans cette petite pièce. Julia semblait tenir la maison à elle seule et cela lui faisait beaucoup de travail pendant que les hommes étaient repartis à la pêche. J'avais envie de l'aider mais mes jambes étaient encore trop faibles et tremblaient dès que je mettais le pied au sol. J'ai préféré essayer de dormir. Peut-être qu'à mon réveil, tout me reviendrait et ce cauchemar cesserait enfin.

_Je te dis que je ne veux pas y aller ! Pourquoi cette fille viendrait avec nous d'abord ?
_Je te l'ai déjà expliqué. Ecoute lorsque l'on te parle.
_Je ne vois pas pourquoi elle te fait peur. Elle est très gentille.
_Gentille ouais tu parles. T'as vu l'armure qu'elle portait ? C'est un soldat ! Ch'uis sûre qu'elle cache des armes sur elle !
Un rire gras éclata dans l'assemblée de l'autre côté du mur et me fit sourire alors que je me levais du lit. Un autre jour venait de commencer et déjà la famille qui m'avait recueillie se disputait déjà à cause de ma présence.
Assise au bord du lit, j'ai jeté un coup d'œil sur l'armure en question qui attendait toujours sur le bord de la fenêtre. Je me suis levée après avoir enfilé les vêtements laissés par Julia, une simple robe centrée aux bras nus mais qui me permettait d'être décente, et je m'en suis approchée pour passer quelques doigts sur le métal blanc. Ce collier d'or intégré au métal brilla sous un rayon de soleil et me fit plisser des paupières, éblouie.
_Hum ?
J'ai vu autre chose scintiller à l'intérieur. J'ai plongé la main par le trou formé pour le cou et j'ai senti quelque chose accroché sur la face interne. Intriguée, j'ai soulevé ce poitrail pour regarder par en dessous et j'ai découvert qu'un bijou avait été attaché par quelque chose de manière à n'être vu par personne.
_Qu'est-ce que…
J'ai doucement tiré dessus et il s'est mis à glisser le long de sa chaîne pour tomber sans bruit dans le creux de ma main. Je l'ai retourné et j'ai découvert ce qui ressemblait à un scarabée d'or. Un scarabée aux ailes ouvertes, entourée d'une belle robe rouge bleu et or. Quelque chose qui semblait valoir beaucoup d'argent.

« Pourquoi tu m'offres une chose pareille ? »
« Pour que tu saches quelle personne tu es pour moi
»
« Un scarabée ? merci c'est élégant »
« Ah ah mais non…ne fais pas celle qui ne comprend pas s'il te plait »
« Alors dis-le moi si tu veux que je comprenne
»

_Aurore ? c'est quoi ce nom débile !
_Elle ne se souvient pas de son prénom, il a bien fallu lui en trouver un !
_T'es vraiment bête Julia, cette fille est dangereuse !
J'ai repris mes esprits quand mes voisins ont de nouveau haussé la voix. Ce gamin avait peut-être raison. A en juger par cette armure, je n'étais pas une simple paysanne. Et quelqu'un avait de l'affection pour moi, à en croire par ce bijou que je tenais dans la main…
_Si seulement je pouvais me souvenir de son nom…ou encore de son visage.
J'ai décidé de garder ce scarabée avec moi et de me le passer autour du cou, tout en le cachant sous cette robe prêtée par mon infirmière. Peut-être que quelqu'un pourrait me renseigner sur sa signification.

_Pardonnez-moi, j'ai mis longtemps à me réveiller.
Je suis sortie de la chambre en prenant soin de ne pas faire de bruit et j'ai piégé la famille en plein débat à mon sujet. Le père m'a aimablement souri, en train de fumer la pipe, assis dans le fauteuil en balancier et m'a invité à m'asseoir à la grande table de chêne. J'ai obéi, quoiqu'un peu gênée par la robe qui était pourtant assez longue. Je n'avais manifestement pas l'habitude d'en porter.
_Nous comptions nous rendre au marché pour livrer nos dernières récoltes et notre pêche de ce matin. Peut-être pourriez-vous nous accompagner ?
_Et bien…je vous ai suffisamment dérangé je pense.
_Sans rire…
_Cémo ça suffit !
Le plus jeune des garçons a préféré quitter la maison en claquant la porte et a laissé un lourd silence à l'intérieur.
_Désolée, je…il faudrait mieux que je ne reste pas plus longtemps avec vous.
Le père retourna sa pipe et la vida dans le ventre de la cheminée éteint en cette saison chaude. Puis il se leva et me fit face, l'air sérieux.
_Vous vous rappelez de votre nom ? de votre famille ? de la raison de votre venue ici ?
_Euh…non…
_Alors vous restez. Ma femme serait capable de revenir des Limbes si je vous laissais vagabonder seule à la recherche de vos souvenirs.
_Votre femme ?
_Ma mère était moniale et voyageait souvent pour aider les héros de la région, m'expliqua Julia en me tendant un fruit que je ne connaissais pas, elle nous a quitté il y a trois ans maintenant.
_Oh…je suis désolée.
_Vous n'avez pas à l'être ! déclara son père d'une voix forte, les deux mains sur le ventre, reprenez des forces pendant que nous préparons notre chargement. Julia, tu viens avec nous pour une fois. Tu l'accompagneras en ville.
_D'accord.

Les trois hommes quittèrent la maison avec bruit et Julia me regarda mordre dans son fruit avec le sourire. C'était pas mauvais.
_Qu'est-ce wue ch'est ?
_Une pomme, se moqua-t-elle gentiment, tu n'en as jamais mangé ?
J'ai secoué la tête et elle a souri d'autant plus en m'en tendant une autre.
_Viens, on doit faire certaines choses avant de se rendre au marché. Tu penses avoir assez de force ?
_Oui.
_Alors c'est parfait. Le linge doit être tendu et deux mains de plus ne seront pas de refus.
Elle a attrapé un lourd panier rempli de vêtements et m'a invité à la suivre en dehors de la maison pour gagner le petit terrain vert qui battait le vent du large. J'ai regardé autour de moi et j'ai admiré la vue si rurale et pittoresque.
_Ce n'est pas aussi beau lorsqu'il y a la tempête ! déclara Julia pour passer au-dessus du vent qui me forçait à me tenir les cheveux pour ne pas les avoir dans les yeux, tiens, tu peux accrocher ça s'il te plait ?
Elle m'a tendu quelques chemises et je me suis approchée du fil tendu. C'était étrange cette sensation. A entendre les rires de Julia, je n'étais pas douée pour jouer la femme d'intérieur. On ne m'avait jamais appris une chose aussi simple que d'accrocher du linge.
_Ton frère a raison…ais-je murmuré en regardant les vêtements battre au vent, j'ai…je ne sais pas faire ce que tu fais. Je sors de l'eau, je ne sais plus qui je suis…mais je porte une armure alors…ça doit dire que je suis une sorte de militaire. Un militaire d'Elona.
Julia est venue avec son panier sous le bras.
_Il y a d'autres éloniens au marché de l'Arche. Tu devrais pouvoir trouver les réponses que tu cherches.
_…je ne sais pas.
Elle m'a pris l'épaule avec le sourire.
_Tu verras bien. Allez viens, les garçons doivent nous attendre.
J'ai acquiescé et nous avons rangé le panier à l'intérieur pour gagner ensuite un petit sentier qui joignait la plage à la route principale. Un chariot patientait avec l'arrière empli de plusieurs tonneaux, gardé par les trois garçons de mon sauveur. Différentes odeurs se dégageaient des récipients mais j'ai préféré ne pas poser de question, plutôt soulagée d'avoir une place où m'asseoir. Je ne me voyais pas suivre le cortège à pied pour le moment.

Nous avons avancé à allure de croisière, cahotant avec les nids de poule et les gros cailloux mais j'ai trouvé le voyage dépaysant. La tyrie était vraiment un beau pays, verdoyant, peuplé et semblant si libre. Les images qui me traversaient la tête me montraient un tout autre environnement…du sable à perte vue, une eau bleue si pure que l'on voyait des poissons…des marécages poisseux, des écailleux…des villes luxuriantes mais si…impersonnelles.
_Aurore, ça va ?
Le fils aîné m'a doucement interpellé lorsqu'il m'a vu fermer l'œil gauche à cause de la douleur qui le traversait. C'était lancinant, comme un coup sec qui me faisait sursauter et m'empêchait de réfléchir sainement.
_…ça va passer…
_Je me demande si on ne devrait pas t'emmener à Choki.
_Choki ?
_Le moine de notre village. L'un des derniers qui accepte de faire des consultations gratuites.
_Je ne suis pas certaine de vous suivre…
Nous avons été secoué par un nid de poule un peu plus profond que les autres. Je me suis instinctivement rattrapée à la rambarde de bois et j'ai par le même geste empêché Cémo de me tomber dessus.
_Aouh doucement !
_Désolée !
Il a repris son bras d'un geste franc et s'est secoué la main, comme si je lui avais bloqué la circulation par une simple prise. Il m'a foudroyé du regard avant d'être rappelé à l'ordre par son frère aîné.

_Julia possède quelques dons de soin, mais n'a jamais pris le temps de les développer, repris calmement celui-ci, habitué aux secousses, notre mère a toujours refusé qu'elle suive sa voie. Sans doute de peur qu'elle ne soit blessée ou tuée pendant l'une des missions qu'elle pourrait un jour effectuer.
J'ai regardé l'intéressée du coin de l'œil. Son visage s'est voilé de tristesse avant de se forcer à sourire en remarquant que je l'observais. Je compatissais…même si quelqu'un part, je ne pensais pas connaître cette douleur là. Peut-être que mes parents étaient toujours de ce monde.
_En ces jours d'insécurité, peu de moine acceptent de rester au sein des villages pour faire des consultations gratuites. Beaucoup se font payer ou partent sur les routes à la recherche de gloire et de fortune.
_Vous…vous êtes en guerre ?
_On peut dire ça ! déclara la voix forte du père en train de conduire le chariot avec l'aide de deux bœufs puissants, les charrs cherchent toujours à envahir nos terres ! et le blanc manteau prend plus en plus de pouvoir !
_Le blanc manteau ?
_Un groupe de fanatique qui recherche leurs dieux invisibles vaincus par les héros qui ont combattu la Liche, m'expliqua Julia avec attention, ils contrôlent beaucoup de chose et refusent ceux qui appellent les « hérétiques ».
_Les hérétiques ? tu veux dire…les étrangers ?
Le frère aîné secoua la tête pour me rassurer.
_Ils ne sont pas assez fous pour s'en prendre aux Eloniens ou aux Canthiens. Le commerce et le tourisme sont des ressources importants pour la ville. Tu ne risques rien si tu restes discrète.
J'ai acquiescé sans répondre. Je ne savais pas pourquoi, mais cette nouvelle m'agaçait plus qu'elle m'attristait. Pourquoi ? c'était comme si j'étais déçue. Déçue que les tyriens se battent ? ça n'avait aucun sens.
_Aurore, voici l'Arche du lion ! La capitale économique de la Tyrie.
Je me suis retournée quand une immense bâtisse a commencé à se dessiner par delà le relief appuyé du terrain. Des remparts de bois, des maisons couverts de toit de chaume et une sorte de palais de pierre brute impressionnant par sa taille.

Je suis descendue du chariot pour le laisser passer la douane de l'entrée et j'ai suivi Julia qui avait décidé de me guider à travers les ruelles de la ville. Cette dernière était incroyablement peuplée. Il y avait des gens partout ! des marchands qui criaient les prix toujours plus haut pour vaincre leurs voisins, des voyageurs, des tyriens à la recherche de la denrée rare, des armuriers qui battaient le fer chaud sous les yeux de leurs clients, des scribes qui narraient des histoires héroïques à des classes d'écoliers, des flâneurs, des couples, des vieux qui regardaient les plus jeunes courir partout…
Cette agitation me sembla familière mais le cadre me dérangeait. Je voyais des murs, des habitations différentes, des gens aux faciès différents... plus bronzés comme celui de ce marchand qui ventait les mérites de son étalage à épice.
_Julia.
_Oui ?
Je lui ai fait signe de m'attendre et j'ai slalomé entre les badauds pour rejoindre l'étalage en question. Les odeurs m'ont tout de suite rappelé des choses…des sensations…des visages…j'aimais ces odeurs. Je les sentais tous les jours quand je sortais me promener…
_Mademoiselle, vous voulez acheter quelque chose ?
_Et bien je…
J'ai repris mes esprits et j'ai vu le marchand me dévisager avec inquiétude. Je devais faire une drôle de tête.
_Excusez-moi je…vous êtes bien élonien n'est-ce pas ?
_Tout comme vous oui, me dit-il avec méfiance, pourquoi cette question ?
_Est-ce que…est-ce que par hasard, vous sauriez ce que signifie ce bijou ?
J'ai détaché la chaîne du scarabée que j'avais autour du cou et je lui ai présenté au creux de ma main. Il s'est penché lorsqu'il a deviné la couleur de l'or et a aussitôt tenté de s'en emparer pour le voir de plus près, mais j'ai attrapé son poignet dans un réflexe.
_D'accord d'accord, soupira-t-il avec déception, pourquoi vous voulez savoir ça ? tout le monde le sait à Elona.
_Et bien répétez le moi, ais-je dit d'une voix étrangement froide, que veut dire ce pendentif ?
Il a grimacé et je l'ai libéré de mon emprise après quelques secondes d'hésitation.
_C'est un talisman de protection. Pour cette vie et pour les prochaines. Généralement, on offre ça à quelqu'un de proche. Quelqu'un que l'on voudrait retrouver après la mort.
_Quelqu'un que l'on veut retrouver après la mort…
J'ai lentement dégluti, mal à l'aise. Cela voulait dire que je comptais pour quelqu'un ?…mais qui ?

_Aurore ! Aurore !
J'ai tressailli quand Julia et son frère cadet ont déboulé dans la foule pour venir droit vers moi, comme paniqués.
_Qu'est-ce qui se passe ?
Ils se sont arrêtés à ma hauteur, essoufflés.
_Un bateau élonien a accosté hier après-midi au port, quelques heures après que l'on t'ai retrouvé sur la plage ! D'après les pêcheurs, il aurait été attaqué par des corsaires. Quelques membres d'équipage sont morts mais…le principal est sauf.
J'ai de nouveau avalé ma salive. Des corsaires…


« On nous attaque ! Lieutenant ! Les corsaires arrivent ! »
« C'est pas vrai ! tout le monde sur le pont ! On se déploie ! »
« Deux navires nous accostent ! On va se faire massacrer ! »
« Taisez vous sergent et reprenez votre arme ! C'est un ordre !
»

_Argh !
Je me suis prise la tête entre les mains, des images de combat plein les yeux. Le sang giclait, des hommes hurlaient et combattaient. J'étais là, je me battais aussi. Il y en avait partout. Je ne savais plus où donner de la tête.

« Méthi viens, il faut les repousser ! »
« J'arrive !
»


J'ai couru sur le pont pour en rejoindre l'autre bout derrière la cabine de pilotage. Quelqu'un m'accompagnait. Nous devrions prendre les armes de secours pour soutenir nos soldats en plein combat. J'ai attrapé tous les javelots possibles quand j'ai senti une présence derrière moi. J'ai à peine eu le temps de me retourner que quelque chose m'a violemment frappé sur le côté du crâne.
_Aurore !
J'ai crié ma douleur quand ces images ont éclaté. Quelqu'un m'avait agressé ! mais quelqu'un avec une armure semblable à la mienne ! pas un pirate !
_Je…j'ai été trahi… !
_Quoi ?
Julia m'a rattrapé et m'a aidé à gagner un coin de la rue tranquille pour pouvoir m'asseoir, les jambes flageolantes.
_Qu'est-ce que tu racontes ?
_J'étais là…quand les corsaires sont arrivés…ais-je murmuré entre deux souffles difficiles, je ne sais plus trop ce qui s'est passé mais…j'ai suivi l'un des hommes qui était avec moi et…il m'a frappé lorsque j'ai eu le dos tourné.
_Quoi ?! Mais pourquoi ?
_…je n'en sais rien…
Je me suis passée une main sur le visage, la tête lourde. Tout autour de nous régnait ce brouhaha maintenant assourdissant. Je commençais en avoir assez. J'avais trop de visage en tête et aucun nom pour les repérer.

_Aurore…
_Quoi ?
Julia m'a tapoté l'épaule pour me forcer à relever la tête et m'a désigné quelque chose en direction du gros palais de pierre brute.
_Ce ne sont pas des soldats comme toi ça ?
J'ai plissé des paupières pour reconnaître ces armures blanches qui patrouillaient derrière des tyriens richement vêtus. Oui c'était bien des soldats qui portaient la même armure que moi selon leur sexe ou leur taille. Etait-ce des hommes de l'équipage ?
_Tes camarades ne doivent pas être loin. Allons les chercher !
_Non !
J'ai tendu un bras pour empêcher le frère de Julia de s'élancer vers eux, le cœur battant.
_Je te remercie mais…je refuse que vous soyez mêler à cette affaire. On a tenté de me tuer…ce n'est plus aussi simple qu'avant.
_Mais tu as le droit de savoir pourquoi !
_J'ai peut-être fait quelque chose de mal. Je suis peut-être une mauvaise personne. Vous avez pensé à ça ?
Ils m'ont tous les deux regardés comme si j'étais devenue folle. Julia m'a aussitôt envoyé sa main dans la figure et j'ai pris le coup avec surprise.
_Je t'interdis de dire une chose pareille, tu m'entends ?!
_Mais c'est peut-être vrai ! On ne tente pas de tuer quelqu'un d'innocent !
_Des innocents se font tuer tous les jours ! tous les jours et à toutes les heures ! Tu ne serais pas une exception à la règle !
Je me suis doucement frottée la joue tandis qu'elle faisait volte-face d'un pas furieux et disparaissait dans la foule sans jamais se retourner. Son frère cadet a soupiré et m'a regardé avec une mine attristée.
_Excuse-la…elle est toujours très sensible à ce sujet.
_Quel sujet ? le massacre des innocents ?
_Entre autre oui, acquiesça-t-il simplement, notre mère est décédée de manière brutale et Julia l'a toujours considéré comme…innocente des faits qui lui était reproché.
_Des faits ? quels faits ?
_Oh ça serait une histoire trop compliquée. Mais pour faire simple, le blanc manteau a essayé de retourner le village contre elle en l'accusant de faits et d'autres particulièrement sordides. Même si la majorité de nos amis n'y ont jamais cru, certains de nos proches nous ont tournés le dos et ce, même après son décès. Julia ne l'a jamais supporté.
_Je vois…
J'ai bougé ma mâchoire pour faire disparaître cette désagréable sensation de picotement et je me suis redressée en tirant sur ma robe pour ne pas paraître désinvolte.
_Excuse-moi auprès d'elle, tu veux bien ? je ne voulais pas la blesser.
_D'accord mais…qu'est-ce que tu comptes faire ?
_Je ne sais pas encore. Je verrai bien.
Je l'ai remercié d'un sourire et je l'ai abandonné à mon tour pour me fondre dans le brouhaha ambiant. Je ne savais vraiment pas ce que j'allais faire, mais je ne devais pas quitter ces soldats à l'amure blanche des yeux. Peut-être allaient-ils m'apprendre quelque chose sur mon passé.

« Où vont-ils comme ça ? »
Je les ai suivi à distance et j'ai été surprise de voir comment je parvenais à le faire sans jamais les perdre de vue. Je me faufilais dans la foule avec adresse et me dissimulais derrière les murs comme si j'avais ça toute ma vie. Où avais-je appris à me camoufler de cette manière ?
« Méthi cours ! il est juste derrière nous ! »
« Je te l'avais dit ! c'est de ta faute idiot ! »

_Shhh…
J'ai serré les dents en fermant l'œil. Toujours ces voix…je me suis appuyée un instant contre un mur et j'ai vu les soldats en armure disparaître au détour du grand bâtiment. J'ai pesté en accélérant le pas et je les ai vu gagner des arcades de pierre. Ils sont alors arrêtés et se sont mis au garde à vous quand les riches tyriens – sans doute des notables – sont allés à la rencontre de trois hommes qui venaient dans leur direction. J'ai plissé des paupières pour tenter de distinguer les traits de ces derniers. Ils étaient également couvert d'une armure blanche, mais des ajouts d'or les distinguaient des autres soldats. Le plus grand, celui qui portait une cape s'inclina légèrement et les notables firent de même, bien bas.

Il cacha une mine sombre et balaya son entourage d'un regard rapide. J'ai été surprise par le bleu de ses yeux mais un réflexe m'a obligé à me cacher, dos contre le mur.
« Je connais ces yeux… » ais-je pensé avec la respiration difficile.
J'ai de nouveau tenté ma chance mais le groupe faisait déjà demi-tour, maintenant accompagné des riches tyriens.
_Zut !
Je me suis élancée à leur suite et me suis approchée des arcades. Des soldats de la garde du lion se sont alors placés de chaque côté de l'ouverture et m'ont empêché de poursuivre mon investigation à l'intérieur du bâtiment.
« Mince ! »
J'ai freiné mes pas et j'ai regardé autour de moi, le cœur battant. J'avais le teint trop foncé pour passer pour une tyrienne, ils me repéreraient à cent lieux.

_Si tu veux entrer, il va te falloir une diversion.
_Que !
J'ai sursauté quand une voix familière a résonné dans mon dos. Le père de Julia.
_J'aurai du me douter que tu tenterais le tout pour tout, déclara-t-il sans colère, typique des Eloniens. De vrais têtes de mules. Tu as fait ce qu'il fallait pour te débarrasser de ma fille et tu es venue directement ici pour savoir de quoi il en retournait. Classique.
J'ai grimacé en baissant les yeux : cet homme lisait en moi comme dans un livre ouvert.
_J'ai quelque chose qui pourrait te rassurer, reprit-il en sortant sa pipe de la poche avant de son vêtement, le bateau qui t'a probablement amené ici est amarré pour encore plusieurs jours. Il a subi d'importants dégâts lors de son abordage et il ne pourra pas reprendre la mer avant d'être totalement remis à flot.
Il l'alluma avec effort et en tira une longue bouffée avec un étrange sourire sur le visage.
_Tu peux donc te détendre pour le moment. Tes compagnons de route ne sont pas prêts à repartir.
_…si seulement je me souvenais pourquoi nous sommes venus jusqu'ici…
_Hum…je peux peut-être faire quelque chose pour t'aider à retrouver la mémoire. Suis-moi.
_Mais…
Je lui ai désigné les arcades du pouce et il a haussé les épaules en me tournant le dos.
_Chaque chose en son temps. Tu dois d'abord te souvenir de qui tu es avant de te montrer au grand jour.J'ai haussé un sourcil, un peu perdue. Je ne sais pas ce qu'il attendait de moi…ou ce qu'il espérait que je fasse. J'en avais juste assez de cette situation. Je voulais savoir !


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Kitty
posté 12/05/2008, 19:41
Message #3


Modératrice GW


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[Deuxième et Dernière Partie]

_Le port ?
_Eh oui jeune fille. Le port.
Je l’ai suivi entre les méandres des pêcheurs et de leur cargaison de poisson, malmenée par l’odeur qui s’en dégageait. Quelques sifflets ont attiré leur attention sur moi mais j’ai fait comme si je n’avais rien entendu, me demandant bien pourquoi le vieil homme m’avait emmené ici.
_Le voilà. Le Kormir.
Il s’est arrêté devant l’ombre d’un navire et j’ai levé les yeux, perplexe. Le navire élonien était là devant moi, mais dans un fâcheux état. Des hommes étaient montés par des cordes pour retaper sa coque éventré et d’autres recousaient la toile déchirée. J’ai reculé de quelques pas, le cœur pincé. Une image s’est superposée à celle que j’avais sous les yeux : celle d’un navire plus flamboyant, en parfait état, prêt à prendre la mer.

« J’imagine que vous n’aviez pas plus discret… »
« Il y a tout de même une délégation entière autour du prince. Nous ne pouvons pas nous permettre de faire pâle figure face aux tyriens qui voudront bien nous accueillir »
« Pâle figure ? vous vous fichez de moi ! Autant demander aux corsaires de monter directement à bord ! » _Aurore ?
_Oui !
J’ai repris mes esprits quand le vieux pêcheur m’a doucement secoué l’épaule. Il m’a simplement souri et m’a invité à le suivre d’un geste du menton. J’ai obéi en montant sur la planche tendue qui devait nous mener sur le pont du bateau.
_Eh Turoc, jolie la gamine ! Tu l’emmènes faire une visite ?
L’un des marins chargé de retaper le navire m’a salué d’un grand geste de la main, l’air intéressé. Le pêcheur a soupiré dans sa pipe et a provoqué un gros nuage au-dessus de sa tête. Le plaisantin a vite regardé ailleurs, sentant que ce n’était pas le moment de venir le chercher.
_Prends ton temps. Inspecte chaque endroit s’il le faut.
_Vous…vous ne risquez rien à m’emmener ici ?
Il a eu un large sourire en décollant sa pipe de sa lèvre inférieure.
_Ne t’occupe pas de moi, occupe-toi plutôt de toi. Vas-y.
J’ai acquiescé, mal à l’aise. Il s’est éloigné pour me laisser seule sur le pont et je me suis retrouvée au milieu d’énormes taches de sang à peine séchée, imbibées dans le bois. Il y avait eu un carnage sur ce navire. Un carnage dont j’avais été témoin avant d’être attaqué par derrière.

« Lieutenant les corsaires nous attaquent ! »
« C’est pas vrai ! tout le monde sur le pont, on se déploie !
»

J’ai fait un tour sur moi-même et j’ai revu ces hommes et ces femmes se battrent contre ces ennemis vêtus de rouge et qui ne venaient que pour tuer et s’emparer de nos biens.
Mon œil a recommencé à me faire mal. Je me suis appuyée contre la paroi qui menait à la cabine en sous-sol et j’ai repris une longue inspiration, le cœur battant. La vérité se trouvait ici. Je devais savoir ce que j’avais fait avant de tomber à la mer.

J’ai lentement descendu l’escalier de bois qui menait à l’étage inférieure et j’ai poussé la petite porte qui s’est mise à grincer. Une simple pièce décorée d’un lit et de quelques babioles s’est dessiné sous mes yeux. Mais la silhouette d’un homme est lentement apparu en son centre. Vêtu d’une armure blanche, il me tournait le dos.
« Ré ? »
Il s’est retourné et m’a souri, ses yeux bleus pétillants.
« Tu m’as demandé ? »
« Oui viens, ferme derrière toi s’il te plait »
Je me suis exécutée, inquiète. Il a déposé le parchemin qui tenait entre ses mains et a attrapé quelque chose pour ensuite venir vers moi avec un air attendrissant.
« Je pense…qu’il est temps de parler toi et moi. Tu ne crois pas ? »
J’ai instinctivement reculé d’un pas, méfiante.
« A quel sujet ? »
« A quel sujet ? mais nous évidemment »
Il s’est pincé les lèvres et m’a tendu un petit bout de tissu aux rebords repliés pour cacher quelque chose à l’intérieur.
« C’est pour toi. Vas-y, prends-le »
« Ré…je t’ai déjà dit ce que je pensais de… »
« Méthi, ce n’est pas grand chose je t’assure »
J’ai caché un soupir et m’en suis saisie avant de jeter un coup d’œil à l’intérieur. Un scarabée d’or.
« Pourquoi tu m’offres une chose pareille ? »
« Pour que tu saches quelle personne tu es pour moi »
« Un scarabée ? merci c’est élégant »
« Ah ah mais non…ne fais pas celle qui ne comprend pas s’il te plait »
« Alors dis-le moi si tu veux que je comprenne »
Il a soupiré en se massant la nuque d’une main gênée.
« Méthi, je sais que tu m’en veux mais…je ne vois pas pourquoi ma situation devrait changer quoique ce soit entre nous »
J’ai faiblement serré les dents, la poitrine douloureuse. Je lui ai rendu son bijou en le plaquant contre sa poitrine de fer.

« Je ne peux pas »
« Pourquoi ? »
« …parce que nous ne sommes pas du même monde. J’ai grandi en chapardant dans les rues du Bazar…tu as grandi en admirant les plus belles œuvres vabiennes…tu n’es plus un simple parangon »
Il m’a pris la main et m’a empêché de reculer en me regardant dans les yeux. J’ai tout de suite senti le malaise et j’ai tenté de me repousser quand il m’a prise contre lui. Mais pour une raison inconnue, je n’en ai pas eu la force.
« Tu n’es pas une simple parangon toi non plus… »
J’ai réussi à le pousser d’une main franche, le souffle difficile.
« Je ne suis pas transformée en héritier du trône du jour au lendemain contrairement à toi. Il vaut mieux qu’on arrête ce petit jeu. Cela ne nous mènera à rien »
« Pourquoi ? A cause de Séthis ? tu comptes le préserver encore longtemps ? »
« Ça n’a rien à avoir avec lui, ne confonds pas tout ! »
Il a froncé les sourcils et a ouvert la bouche pour me répondre, quand nous avons violemment été bousculé par une secousse étrange. Il m’est tombé dessus quand mon dos s’est claqué contre le mur.
« Qu’est-ce que c’était ?! »
Des pas ont résonné au plafond. L’équipage était en émoi, tout le monde courrait dans tous les sens.
« Lieutenant, nous sommes attaqués ! Les corsaires ! »
« C’est pas vrai ! »
J’ai fait apparaître un javelot entre mes doigt et me suis élancée dans les escaliers pour regagner la surface.
« Sekhmet ! »
Je me suis arrêtée net et j’ai baissé les yeux vers l’homme qui me regardait de ses yeux bleus.
« Tu auras beau dire ce que tu veux…je n’abandonnerais pas »
J’ai durement avalé ma salive avant d’être rappelée à l’ordre.
« Lieutenant, ils arrivent ! »
« Tout le monde sur le pont ! on se déploie ! »

Les images ont cessé de défiler et m’ont laissé en sueur. Je suis tombée à genoux, la respiration lourde de sens. Je ne savais pas si je devais pleurer ou être soulagée. Mais certaines choses se remettaient doucement en place.
_Aurore ? tout va bien en bas ?
La voix de Turoc m’a forcé à reprendre contact avec la réalité et j’ai puisé dans mes jambes pour me remettre debout. Je suis remontée sur le pont et il m’a observé avec étonnement.
_Et bien, tu t’es battue avec quelqu’un ?
_…avec mes souvenirs…
J’ai pris quelques minutes pour tenter de remettre mon esprit à l’endroit.
_Est-ce que…est-ce que le nom de Ré vous dit quelque chose pour…un parangon ?
_Ré ? hum…il y a bien quelqu’un qui porte ce nom mais allez savoir si c’est le bon.
_Dites toujours.
_Je crois savoir que la princesse Talhoka a appelé son fils ainsi mais…je ne suis pas un expert en ce qui concerne les généalogies familiales. Encore moins celle d’Elona. Pourquoi ?…. Aurore ?
J’ai fermé les yeux, une envie de hurler aux tripes. Une partie de mon passé venait de se dévoiler.
_Olà doucement !
Turoc m’a rattrapé alors que je menaçais de m’évanouir et m’a soulevé du sol, un bras sous mes jambes.
_Ça suffira pour aujourd’hui.
_N non je…je veux savoir.
_Pas au prix de ta santé. Tu dois te ménager. Je te ramène à la maison.
Le ton qu’il employa fut sans appel. Epuisée, je n’ai pas cherché à lui résister…j’avais trop le cœur à l’envers.

Lorsque j’ai repris mes esprits, j’étais de retour dans la chambre de Julia. La nuit devait être tombée car aucune lumière ne fusait derrière la fenêtre. Une bougie cependant semblait illuminer un coin de la pièce. J’ai levé les yeux pour deviner la silhouette de mon amie assise, en train de repriser un vêtement masculin. Concentrée sur son art, elle n’a pas remarqué que j’étais réveillée.
_…je suis désolée…
_Hum ?
Je me suis recouchée en regardant les ombres qui dansaient sur le plafond selon les volontés de la flamme de bougie.
_Je ne voulais pas te blesser.
_…je sais, répondit-il simplement après un temps de réflexion, je dois aussi te faire des excuses. Je me suis emportée sans raison valable. Tu avais le droit de t’interroger…mais quoique tu dises, je ne pense pas que tu sois une mauvaise personne.
J’ai eu un sourire touché.
_Qu’est-ce qui te fait penser ça ?
_Mon intuition. Quelqu’un de malfaisant n’aurait pas agi comme tu l’as fait avec moi ou avec mes frères. Même frappé d’amnésie.
_Hum…peut-être…
J’ai continué d’observer les ombres, un bras derrière la tête.
_Je ne te l’ai pas dit mais…je me souviens de mon prénom maintenant.
Elle a tressailli sur sa chaise et a fait trembler la flamme qui a fait vacillé la lumière au plafond.
_C’est vrai ?! mais alors…ta mémoire est revenue !
_Pas entièrement. Je sais que j’ai encore des trous…comme le visage de celui qui m’a frappé.
Elle s’est levée et est revenue me rejoindre en s’asseyant au bord de son lit.
_Tu connais la raison de ta venue à l’Arche ?
_…pas exactement…je sais que c’est très important. Je veux dire, je « sens » que c’est très important, mais le but m’échappe encore.
Elle a eu un faible en me prenant la main.
_Alors c’est en bonne voie. Je suis certaine que bientôt, tu te souviendras de tout.
J’ai eu un tremblement dans la voix, soudain rattrapée par mes émotions.
_Je ne suis plus certaine de le vouloir à présent…
_Pourquoi dis-tu ça maintenant ?
Je me suis pincée les lèvres, fébrile. Elle a senti que j’avais besoin de parler mais que je n’osais pas. Je ne savais pas moi-même ce que je devais comprendre de mes récents souvenirs.
_Tu n’es pas obligée de me raconter, souffla-t-elle en sentant que j’avais du mal, essaye de te rendormir. Tu en as besoin.
Elle s’est levée et est retournée à son travail sans dire un mot de plus. Je me suis retournée dans les draps et j’ai fermé les yeux pour tenter de retrouver le sommeil.


« Sales gamins ! si je vous attrape, vous allez entendre parler du pays ! »
« Ah ah t’as aucune chance, t’es trop gros ! »
« Rendez-moi mes fruits, espèce de voleurs ! »
« Cours Méthi, il est juste derrière nous ! »
« Je le savais ! C’est de ta faute idiot !
»
J’ai couru droit devant moi sans me retourner, sautant et virevoltant au-dessus des débris et des mendiants qui jonchaient les ruelles du bazar. J’avais l’habitude de ces rues, je les connaissais par cœur. Mais soudain, à un détour, je suis rentrée droit contre les jambes de quelqu’un.
« Aie ! »
Je suis tombée sur les fesses, sonnée.
« Et bien ? tu ne regardes jamais devant toi ? »
Je me suis frottée l’arrière train quand une main s’est dessinée devant moi. J’ai levé le nez et j’ai découvert le visage souriant d’une femme vêtue de blanc. Une lancier du soleil.
« Houlà mais c’est qu’elle mordrait ! » lança-t-elle lorsque j’ai violemment repoussé sa main.
« Méthi qu’est-ce que tu fic…eh laissez-la vous !! »
Un jeune garçon s’est jeté sur elle, tous poings dehors et a commencé à la frapper autant qu’il le pouvait. La femme s’est mise à rire et l’a immobilisé sans effort, hilare.
« On se calme gamin, je n’ai rien à fait à ton amie »
« Alors laissez-la ! »
Je me suis redressée et me suis frottée le nez d’un air rageur.
« Ça va Sethis, elle a rien fait »
Le garçon a cessé de montrer des dents et la femme s’est redressée, un large sourire aux lèvres.
« Vous faites une sacrée paire tous les deux. Qu’est-ce qui vous fait courir comme ça ? »
« Sales morveux, revenez ici ! »
Nous avons sursauté aux cris du marchand qui nous poursuivait toujours et avons tenté de prendre la poudre d’escampette. Mais le lancier nous a tous les deux attrapé par le bras et nous a quasiment soulevé du sol.

« Lâchez-nous ! »
« On se calme »
L’homme est arrivé dans la ruelle, son bâton dans les mains.
« Ah ah vous avez été attrapé ! parfait ! Donnez leur la punition qu’ils méritent ! »
J’ai tenté de me défaire de son emprise, au risque de la griffer et même de la mordre en gigotant dans tous les sens.
« Vous voyez, c’est une vraie tigresse ! Battez-la ! »
« Et pourquoi ça ? demanda la femme avec sévérité, ce ne sont que des enfants. Et vous un riche marchand. Ce n’est pas ces quelques fruits qui vont vous manquer »
« Vous faites partie de la garde ! tonna le marchand, rouge de rage, c’est votre boulot d’arrêter les voleurs ! »
« Mais je viens de le faire, termina-t-elle tranquillement, retournez à votre étalage. On risquerait bien de vous voler autre chose »
Elle fit demi-tour tout en nous portant à bout de bras alors que nous continuions de nous débattre de toutes nos forces.
« Vous allez faire deux belles recrues ou je ne m’y connais pas ! déclara-t-elle avec le sourire, continuez à vous défendre, je sens que cela va intéresser beaucoup de monde »

J’ai rouvert les yeux, le front en sueur. J’avais oublié cet épisode honteux de ma vie. Lorsque j’étais une gamine dans les rues du Bazar…mes parents, je ne les connaissais pas. J’avais toujours survécu avec des broutilles, des vols principalement. Soit pour manger, soit pour revendre et manger par la suite. Je faisais partie d’une petite bande de garnement dans la même situation que moi et nous vivions en nous prêtant mutuellement main forte. Je devais avoir 10 ans quand nous avons rencontré cette femme lancier du soleil qui nous avait emmené de force jusqu’au sanctuaire pour nous présenter à ses supérieurs hiérarchiques qui avaient d’abord été sceptiques en voyant dans quel état minable nous nous trouvions. Sethis s’était le mieux acclimaté à ce nouvel environnement. Il était grand et fort et a vite appris à jouer de la faux.
Mais pourquoi son visage devenait-il flou lorsque je le regardais en face ? je le connaissais depuis que j’étais enfant mais je me sentais mal en pensant à lui. Etait-il mort pendant l’assaut ?
« Méthi viens, il faut les repousser ! »
« J’arrive ! »

Je me suis redressée, ragaillardie, et j’ai regardé autour de moi. Julia s’était endormie sur sa table, la bougie encore allumée. J’ai attrapé de quoi la couvrir puis j’ai commencé à me changer. Je me suis saisie des morceaux de mon armure et je me suis rhabillée comme je le faisais chaque matin au sanctuaire des lanciers. Peu à peu, je retrouvais mon identité. C’était presque tellement clair que c’était à se demander comment j’avais pu tout oublier.
Mais il restait des zones d’ombres, je le savais.

_Aurore ?
J’ai grimacé quand Julia s’est réveillée alors que j’ouvrais à peine la porte de sa chambre pour en sortir. Elle a papillonné des paupières et a caché un bâillement avant de reprendre tes esprits.
_Merci d’avoir reprisé ma jupe, ais-je déclaré en laissant le médaillon flotter devant mon front, ça a du te demander du travail.
_Je…je ne suis pas certaine que les coutures tiennent mais…où vas-tu habillée comme ça ?
_Demander des comptes. Je sais qui je suis Julia. Et c’est à cause de moi que ce bateau a été attaqué. Je connaissais les risques mais je voulais à tout prix venir ici.
_Pourquoi ?
J’ai eu un sourire maladroit.
_Pour demander de l’aide. Mon pays connaît de gros problèmes avec les corsaires qui nous ont attaqué. J’ai proposé aux conseillers d’Elona de venir demander de l’aide aux navires tyriens. Il y a eu des réticences, mais elles ont disparu lorsque la situation s’est d’autant plus aggravée. Les hommes sur ce navire savaient pourquoi nous devions partir mais…nous avons été rattrapé.
_Aurore tu n’y es pour rien. Tu as fait ce qui te semblait le plus juste.
_Peut-être. Mais des soldats sont morts et j’ignore dans quel état se trouvent les négociations. Je dois me rendre à l’arche le plus vite possible.
_A…attends !
Elle s’est brutalement levée et m’a empêché de partir en m’attrapant par le bras.
_Tu oublies que ton agresseur est peut-être là-bas lui aussi ! Que crois-tu qu’il va faire lorsqu’il va savoir que tu es toujours en vie ?
_Ne t’en fais pas, lui ais-je dit en posant une main sur son épaule, cette fois, je suis prête à le recevoir.
J’ai quitté la pièce sans me retourner, puis la maison malgré le jour à peine visible au bout de l’horizon. J’ai observé la mer pendant un instant puis j’ai continué ma route pour regagner le sentier qui menait droit à l’arche du lion.

J’avais retrouvé mon assurance. Et ma rage de vivre. Je voulais des réponses et cette fois, je n’allais pas m’évanouir pour les obtenir. J’étais un parangon d’Elona. J’avais suivi 10 ans d’entraînement intensif pour parvenir à ce niveau malgré mes origines sociales misérables. J’étais appréciée par mon entourage car j’aimais donner le meilleur de moi-même. Et je n’allais pas faire mentir ma réputation malgré cette douleur qui m’envahissait toujours l’œil. Je me souvenais de Ré, je me souvenais de Séthis…je me souvenais de la femme qui m’avait forcé à entrer au sanctuaire, grâce à laquelle j’étais encore en vie aujourd’hui…je me souvenais de ma mission et de son but. Ce que j’ignorais toujours, c’était le pourquoi de ma tentative de meurtre. Peut-être que la vérité allait me faire souffrir, mais je ne pouvais pas rester sans savoir. J’avais provoqué cette rencontre avec les tyriens, je devais être présente lors des négociations. Quitte à revenir de l’Outre Monde.

J’ai passé la douane de l’arche sans souci et je suis entrée dans la ville à peine éveillée. Le soleil pointait à peine ses rayons quand je me suis dirigée droit vers le bâtiment de pierre, là où je n’avais pas pu entrer la veille. Les deux gardes du lion ont aussitôt croisé leurs lances pour me barrer le chemin.
_On ne passe pas !
_Lieutenant Sekhmet, affectée à la garde du prince Ré.
_Vous avez une preuve ?
J’ai haussé un sourcil et j’ai toisé l’un des gardes de haut vers le bas. Il me déshabillait du regard avec un air envieux. J’ai ouvert une main et fais apparaître un javelot.
_Ça, ça vous suffit ?
Ils m’ont aussitôt regardé autrement et ont écarté leur lance dans un même élan.
_Pardonnez-nous mais nous ne pouvons pas laisser passer n’importe qui. Le prince Ré…vous comprenez.
_Tout à fait. Et je vous remercie pour cette attention. Continuez votre travail.
Ils ont refermé le passage de leur lance après que je sois entré et j’ai continué mon chemin en essayant de rester le plus naturel possible. Même si je ne connaissais pas le bâtiment, je devais faire comme si.
J’ai regardé autour de moi, fascinée par les superbes vitraux qui coloraient les couloirs à travers les rayons du soleil. Voilà un art qui n’existait pas par chez moi.

« Comment voulez-vous faire correctement votre travail si ces éloniens n’apprécient même pas la bonne chair ?! »
Une voix a résonné dans l’enceinte et m’a fait sursauter. J’ai deviné des odeurs de nourriture et une porte s’est violemment ouverte. Je me suis plaquée contre une alcôve pour passer inaperçue et j’ai vu une jeune fille sortir de là avec un plat de fruit dans les mains. Sans doute un petit déjeuner.
_Excusez-moi.
J’ai passé la porte et descendu les quelques marches d’escalier qui menaient aux cuisines. Le chef des lieux, un homme aussi gros que gras, m’a fusillé d’un regard noir empli de sens.
_Qu’est-ce que vous voulez encore ?! qu’est-ce que vous n’aimez pas cette fois ?!
_Vos cris.
Il a lâché l’ustensile qu’il tenait pour touiller une sorte de soupe et s’est essuyé les mains sur son tablier, les oreilles rouges.
_Si vous m’expliquiez ce qui vous met dans cet état ?
_Votre prince là ! Il ne se prend pas pour n’importe qui hein ? il a refusé de goûter à un seul de mes plats !
_Il a refusé ?
_Pas un mot rien ! Et son conseiller qui me dit qu’il est déprimé ! Mon œil oui !
_Son conseiller ?
_Oui ! s’exclama-t-il en ravivant le feu dans l’énorme poêle qui l’aidait à cuire ses aliments, un grand noir au crâne rasé ! Un de vos copains j’suis sûr !
J’ai froncé les sourcils. Cette description avait tout pour correspondre à Séthis. Depuis quand était-il devenu son conseiller ?
_Quand est-il venu vous dire ça ?
_Hier soir ! comme ça tranquillement. « Le prince n’est pas d’humeur à manger votre nourriture » j’vous en ficherai moi !
_Cela ne lui ressemble pas. Permettez que je lui apporte quelque chose, je suis certaine qu’il changera d’avis.
_Mouais. J’ai déjà envoyé la petite lui porter un plat, mais j’la vois bien revenir avec tiens !
_Je vais voir ça.
J’ai quitté les cuisines d’un pas rapide, le cœur battant. Ré déprimé ? c’était vraiment le contraire de l’homme que je connaissais ! et Séthis….c’était quoi ce rôle de « conseiller ? »

J’ai fait quelques mètres en suivant l’odeur de nourriture et j’ai bientôt entendu des bruits explicites. J’ai jeté un coup d’œil au détour du mur et j’ai vu la jeune fille frapper une nouvelle fois à une double porte finement décorée. Cette dernière s’est ouverte assez brutalement sur un Séthis plus vrai que nature.
_J’ai déjà dit non ! pas de nourriture, le prince n’a pas faim !
_Monsieur je…je me permets d’insister, murmura la fille d’une voix hésitante, sa majesté n’a rien mangé depuis son arrivée.
_Je ne vois pas en quoi cela vous regarde ! Allez, circulez !
Il lui a claqué la porte au nez et la jeune femme a sursauté, son plateau en main. J’ai froncé les sourcils : depuis quand était-il aussi violent ?
« Méthi viens, il faut les repousser ! »
« J’arrive ! »

_Aar…
J’ai fermé mon œil, une main sur la tempe. Son visage si emprunt de colère…je l’avais déjà vu…lorsqu’il était penché au-dessus de moi avec le bâton d’un javelot tendu vers moi.
_Séthis….pourquoi ?
La jeune fille est passée près de moi et a poussé un petit cri de surprise quand j’ai tendu un bras pour l’empêcher d’avancer.

_Vous…vous ne vous sentez pas bien ? me demanda-t-elle en me voyant peiner à cause de mon œil.
_Ça va passer…dites-moi plutôt, le prince…vous l’avez déjà vu ?
_Le prince ? non mademoiselle. Il ne sort pas de sa chambre. Et cette brute garde la porte tel un Cerbère. Il refuse même qu’il se nourrisse.
J’ai eu un soupir et j’ai pris une longue inspiration en préférant garder mon œil fermé pour le moment, même si ce n’était pas très élégant.
_Mademoiselle vous…vous êtes bien un lancier n’est-ce pas ?
_J’ai l’air d’autre chose ?
_Non mais…vous n’êtes pas vraiment en forme.
_Je sais…ne vous inquiétez pas, ça va passer. Tenez, donnez-moi ce plat, je vais lui donner moi.
_Vous êtes sûre ?
Je l’ai rassuré d’un sourire et elle a bien voulu obéir, quoiqu’un peu inquiète. Je lui ai fait signe de partir et j’ai attendu qu’elle disparaisse dans les cuisines pour me diriger vers les doubles portes décorées. J’ai posé le plat au sol et j’ai frappé deux fois du poing avant d’aller me planquer derrière le mur.
_Non mais c’est pas vrai ! Vous êtes folle ?
Séthis est revenu ouvrir et s’est arrêté net devant le panier dans lequel il faillit marcher. Il s’est alors baissé et l’a ramassé en jetant un coup d’œil perplexe dans le couloir. A ce moment précis, j’ai porté mes doigt à mes lèvres et j’ai sifflé deux nets et un coup long. C’était notre signal. Celui que nous avions inventé lorsque nous étions enfants pour nous prévenir d’un danger.
_Qu’est-ce que… ?!
« Séthis ? qu’est-ce qui se passe ? »
J’ai reconnu la voix de Ré, quelque peu étouffée par la distance qui nous séparait.
_R…rien, je…je vais voir !
Il a déposé le panier de fruit à l’intérieur puis est ressorti en regardant finement autour de lui. Je me suis enfoncée dans l’alcôve et je l’ai regardé passer près de moi, les sens aux aguets. Mais sur ce terrain là, il ne pouvait pas me battre.

J’ai fait naître un javelot dans le creux de ma main et je me suis préparée à le frapper, quand soudain, deux lanciers sont apparus à l’autre bout du couloir. Deux jeunes que j’avais engagé pour notre voyage.
« Zut ! »
_Capitaine !
Je me suis dissimulée dans l’ombre quand Séthis a repris ses esprits et s’est dirigé vers nos camarades.
_Que se passe-t-il ?
_Nous venons de discuter avec les gardes de l’entrée. Il semblerait que le lieutenant soit en vie !
_Le lieut…vous voulez parler de Sekhmet ?
_Les hommes l’ont parfaitement décrite ! Elle est en vie !
_C’est impossible voyons ! je l’ai moi-même vu tomber à la mer avec ce corsaire !
_Une belle femme au teint bronzé et aux yeux d’or, ça ne peut-être qu’elle !
J’ai été touché du soulagement de ces deux soldats à me savoir toujours de ce monde, mais très blessée de la colère de Séthis. Alors mon ami de toujours m’avait bien trahi. Il me haïssait à présent…Pourquoi ?!
_Amenez-moi à ces deux idiots ! Que l’on voit s’ils tiennent le même discours devant moi !
_Bien capitaine !
Ils ont tous les trois fait demi-tour et ont disparu dans les lumières des vitraux au pas de charge. J’ai pris une longue inspiration, la rage aux tripes. Mais une autre idée m’est venue à l’esprit et je suis revenue près de la double porte. J’ai failli frapper mais je me suis dis que ce n’était pas la peine. Je suis donc entrée et j’ai refermé derrière moi sans faire de bruit. J’ai découvert une grande pièce richement décorée, empli de différentes choses, des cadeaux de bienvenus, des colis à peine ouvert, de la nourriture à ne plus savoir quoi en faire et à peine entamée…

J’ai pris le panier de fruit et me suis approchée du fond. Un grand lit s’y dessinait sur lequel était prostré un jeune homme, le visage dans les mains. Ré semblait vraiment mal en point.
_Tu n’iras pas mieux si tu ne manges pas.
_Qu… !
Il a subitement redressé la tête et m’a regardé comme si je sortais des Limbes.
_Méthi ? c’est toi ?
_On dirait bien oui, ais-je lancé pour détendre l’atmosphère. Toi tu as une sale tête. Un vrai croque-mort.
_Mais…mais on m’a dit que…on m’a dit que tu étais tombée à l’eau en te battant avec un corsaire !
Il s’est levé, tremblant comme un enfant et m’a effleuré de la main comme s’il ne parvenait pas à y croire.
_Je suis bien tombée à l’eau. Mais j’ai survécu. J’avoue que je ne sais pas comment, mais j’ai réussi à rejoindre la plage. Une famille de pêcheur a pris soin de moi, le temps que…je retrouve mes esprits. Et me voilà.
Il s’est passé les deux mains dans les cheveux, vraiment perturbé par ma réapparition.
_…ça n’a pas l’air de te faire plaisir…
_Je…si ! Si tu penses !
Il m’a alors pris dans ses bras et m’a serré contre lui à m’étouffer.
_Je…je n’arrivais pas à me faire à l’idée que tu ne serais plus là, me souffla-t-il dans l’oreille d’une voix chevrotante, les dieux ont répondu à mes prières.
J’ai fermé les yeux, bercée par son odeur. Il m’avait tellement manqué…mais je n’avais pas le temps pour les retrouvailles. Des choses plus sérieuses nous attendait.

_Ré. Il faut que tu saches une chose sur Séthis.
_Séthis ? oh il va être fou de joie en voyant que tu es en vie ! déclara-t-il en me prenant le visage entre ses mains, il était presque aussi malheureux que moi.
_Ré…
J’ai doucement repoussé ses mains et son sourire s’est légèrement affaissé.
_Quoi ?
_Séthis a tenté de me tuer. C’est lui qui m’a balancé par dessus bord.
Il a froncé les sourcils puis a secoué la tête.
_Non enfin c’est impossible ! Séthis…enfin c’est ton meilleur ami !
_Je sais…moi non plus je ne comprends pas mais…je peux t’assurer que c’est la vérité.
_Non…non... non non non !
Il s’est éloigné de moi et a fait quelques pas, bouleversé.
_Il a tenté de me consoler quand…non, ça ne peut pas être lui ! Il n’a aucune raison de faire ça ! Il t’adore !
J’ai dégluti, fébrile. J’ai serré les dents quand mon œil a de nouveau commencé à me faire mal. Ré l’a remarqué mais le temps qu’il revienne vers moi, du bruit se fit entendre dans notre dos.
_Qu’est-ce qui se passe ici ?

J’ai fait volte-face. Séthis s’est paralysé, le panier de fruit dans une main. Ses yeux se sont ouverts en grand et sont passés de moi à Ré…puis de Ré à moi.
_Surpris ? ais-je déclaré d’une voix forte, tu ne pensais pas me revoir de si tôt j’imagine.
Il a ouvert la bouche tel un poisson hors de l’eau puis soudain, a fait demi-tour pour s’enfuir loin de nous.
_SETHIS !
Ré a fait naître un javelot entre ses doigts et s’est élancé à sa poursuite. J’ai fait de même, sans mon arme, et nous l’avons suivi dans le labyrinthe que constituaient les couloirs tyriens. Nous avons déboulé dans la cour intérieure après quelques minutes d’une course effrénée et il s’est arrêté net en sortant sa faux.
_N’avancez pas !
_A quoi tu joues ?! viens te battre, espèce de traître !
Ré lui a foncé dessus et leurs armes se sont entrechoqués avec force. J’ai serré les dents, des points noirs devant les yeux.
_…ce n’est pas le moment…
J’ai attrapé un javelot et j’ai pris une longue inspiration, la main sur le cœur.
_Séthis ! Si tu dois te battre, c’est contre moi ! C’est moi que tu as voulu tuer, non ?
_Tais-toi ! Tu ne peux pas comprendre !
Les garçons se sont séparés après un assaut et j’ai serré les dents. J’ai jeté mon projectile vers mon ami d’enfance et ce dernier l’a esquivé d’un pas de côté.
_Je nous croyais amis ! Pourquoi as-tu essayé de me tuer ?
_C’est de ta faute ! Ne fais pas comme si tu n’étais pas au courant !
_Au courant de quoi espèce d’imbécile ? je ne peux pas deviner si tu ne me dis rien !
Il a reculé de plusieurs pas, le visage déformé par la rage. J’étais prête à lui tomber dessus quand mon regard s’est figé sur une silhouette familière. Qu’est-ce que…

Séthis a suivi la direction que je fixais et a bondi sur une Julia qui a poussé un cri de surprise avant de tressaillir, la lame de la faux juste sous son cou.
_Julia ! mais qu’est-ce que tu fais là ?!
_Je…j’ai tenté de te suivre, souffla-t-elle en serrant les dents…je m’inquiétais…
_Séthis lâche-la ! Elle n’a rien à avoir avec ça !
_Ce n’est pas comme ça que ça devait se passer ! Tu ne devais pas revenir !
_Alors tu m’as bien trahi…moi qui te faisais confiance…après toutes ces années !
_Trahi ? répéta-t-il dans un rire nerveux, c’est toi qui dit ça ? c’est toi qui m’a trahi espèce de garce !
_Moi mais…quand ?!
J’ai ouvert les mains, perdue. J’avais beau tenter de réfléchir, je ne voyais pas quand je pouvais l’avoir trahi.
_C’est moi.
_Quoi ?
Je me suis tournée vers Ré qui était devenu très sérieux.
_C’est moi le problème, n’est-ce pas ?
_Tu…tu n’aurais jamais du te mettre entre nous ! hurla Séthis en continuant de serrer Julia contre lui, c’est de ta faute si elle s’est détournée de moi !
_Séthis !
_Tu l’as choisi ! me cracha-t-il dans le visage, lui ! un sale gosse de riche ! Contre moi ! alors que j’ai toujours été avec toi ! Toujours ! Même quand tu ne me voyais pas, j’étais là pour toi ! Tu as oublié tout ce que l’on a vécu ensemble pour lui !…rhhaaa !
Il a violemment projeté Julia sur le côté et s’est jeté droit sur moi, sa faux en avant.
_Je ne te laisserai jamais partir avec lui !
_Aurore !
J’ai serré les dents et j’ai évité le coup en bondissant sur le côté. J’ai bloqué le suivant avec mon javelot et je l’ai repoussé en arrière pour essayer de me redresser. Mais les points noirs sont revenus et m’ont brouillé la vue juste au moment où j’allais l’attaquer. Il m’a touché au bras et a fait tournoyer sa faux autour de lui tel l’expert qu’il était.
_Jamais personne ne t’aura…tu m’entends ?! personne en dehors de moi !
_Je suis la seule apte à décider avec qui je veux être ! Tu es devenu fou !
_J’étais là pour toi ! Toujours pour toi !
_Tu étais mon ami !
_Mais je n’ai rien à foutre de ton amitié ! Je veux plus, tu comprends ?!
J’ai attrapé un nouveau javelot mais mon œil s’est fait ressentir et m’a fait pousser un cri de douleur. Ré s’est alors interposé entre nous deux et a réengagé le combat avec colère.

_Aurore !
Julia m’a attrapé le bras et a posé sa main sur ma tempe pour me soulager de la douleur.
_Tu dois aller voir un vrai moine. Ça ne s’arrêtera jamais si tu ne te fais pas soigner correctement.
_Julia…tu n’aurais jamais du venir jusqu’ici.
_Je m’inquiétais pour toi…tu es partie si vite. Mon père m’a conseillé d’aller te chercher, il avait un mauvais pressentiment. Et maintenant, je comprends mieux pourquoi.
_Recule !
Je l’ai poussé sur le côté quand les garçons ont failli nous rentrer dedans. Ré a trébuché à cause de notre présence et s’est brutalement effondré sur le dos.
_NON !
J’ai bondi sur Séthis, mon javelot en main. Il n’a fallu qu’un geste pour l’empêcher de décapiter mon ami. Ça l’a figé net. Il a eu comme un sursaut et du sang a commencé à couler de sa bouche. Julia s’est cachée le visage quand elle a compris ce que je venais de faire.
_Tu…tu n’avais pas le droit…
J’ai aussitôt lâché mon javelot et Séthis a fait quelques pas en arrière, titubant à cause de la douleur. Il s’est écroulé sur les genoux, le corps traversé par des spasmes.
_Ce n’est pas comme ça…que ça devait se passer…
Il a lâché sa faux et a craché pour évacuer le sang dans sa bouche. Je me suis lentement redressée et me suis approchée de lui, le cœur aux lèvres. Il a poussé un gémissement plaintif quand j’ai pris sa tête pour le lancer se poser contre moi.

_…tu aurais du m’en parler…
_…pourquoi faire, murmura-t-il, les dents rouges, tu…ne m’as jamais vu autrement…que comme un ami…
_Oui mais…tu as quand même voulu me tuer.
_Je…j’ai pas réfléchi…
Il a eu un sursaut plus violent que les autres et a eu du mal à reprendre sa respiration.
_Je vous ai entendu dans la cabine…ça m’a rendu…Kouf !
Du sang a giclé sur les pierres du sol et il a commencé à s’effondrer sur le côté. Je l’ai rattrapé pour le tenir contre moi. Il s’est appuyé contre ma poitrine, la respiration sifflante. J’ai vu Ré se redresser et faire disparaître son arme avant de venir vers nous. Séthis a tenté de protester mais il n’en avait plus la force.
_Sekhmet…
_Je suis là.
_Je ne veux pas…
Les mots se sont évanouis sans qu’il puisse les prononcer et ses yeux se sont figés. Je les ai fermé avec douceur, la gorge douloureuse.
_Tu as raison Séthis…ce n’est pas comme ça que ça devait se passer…

Le soleil commençait à peine à se lever à l’horizon quand je suis remontée sur le pont du Kormir. Ce dernier était enfin en état de reprendre la mer. Je serrais contre moi le petit coffret qui contenait les cendres de mon père, incinéré hier selon nos croyances éloniennes. Je refusais qu’il devienne une âme errante à cause de la rancœur amassée dans son cœur…je ne m’étais pas rendue compte de sa jalousie et de sa peur de se retrouver seul après tout ce temps passé ensemble.
_Aurore ?
Je me suis retournée quand Julia est apparue non loin de moi, changée pour la cérémonie de départ qu’il devait avoir lieu dans moins d’une heure. Elle était élégante et plutôt souriante.
_Pardon…Sekhmet…
_Ce n’est rien. J’aime Aurore. Je m’y suis habituée.
Elle a émis un petit rire en retenant ses cheveux qui battaient le vent du large et a regardé le soleil qui se levait toujours plus haut dans le ciel.
_Qu’est-ce que tu fais là toute seule ?
_Je réfléchissais. Comment va ton père ? je n’ai pas eu l’occasion de le remercier pour tout ce qu’il a fait pour moi.
_Ne t’inquiète pas, sourit-elle en secouant une main, il sait déjà ce que tu veux lui dire. Il est comme ça. Il déteste les adieux.
Je lui ai fait face et elle m’a souri avec le regard un peu triste.
_Ta nouvelle armure te va bien. Tu es montée en grade ?
_Oui, ais-je acquiescé avec maladresse, je suis devenue capitaine. Je ne sais pas pourquoi mais l’équipage pense que j’ai été secourue par les dieux quand je suis tombée à la mer.
_Vous ne leur avez pas dit la vérité ?
J’ai baissé un instant les yeux sur le coffret que je tenais contre moi.
_Non…Séthis n’a pas besoin de ça…pour tout le monde, je me suis battue contre un corsaire et nous sommes tombés tous les deux à l’eau. Bien sûr, c’est un mensonge et je n’en suis pas fière mais…il a suffisamment souffert comme ça.
_Je comprends.

Nous avons fait quelques pas sur le pont pour se dégourdir les membres pendant que les marins reprenaient peu à peu place autour de nous pour préparer le navire au départ.
_Les négociations ont bien marché à ce que j’ai entendu. L’arche va vous envoyer de l’aide pour combattre les corsaires ?
_Oui. Trois vaisseaux devraient être suffisants pour encercler nos ennemis dans la baie et en réduire considérablement le nombre. Tu sais, cela fait presque 30 ans que Varesh Ossa a trahi et 30 ans que les lanciers cherchent à se reconstruire. Notre maréchal est heureusement un homme très compétent mais les corsaires…ils ont profité de cet état de faiblesse pour s’étendre et envahir nos mers afin d’empêcher toute relation avec le continent. La situation devenait inextricable.
_C’est pour ça que tu as proposé l’idée de venir chez nous pour quémander de l’aide ?
J’ai eu un sourire en repoussant une mèche qui se battait avec mon médaillon.
_Nos deux pays ont toujours été liés. Par l’histoire ou par le passé. Cela me semblait être la meilleure chose à faire.
Mon sourire s’est éteint lorsque j’ai remarqué la disparition des taches de sang des hommes tombés pendant le combat. Julia a eu un sourire et m’a pris la main pour la serrer entre ses doigts.

_Le passé, c’est le passé Aurore. Une autre mission t’attend aujourd’hui. Et je prie les dieux pour que tu réussisses. Et…que tu reviennes… ?
J’ai serré cette poigne amicale avec franchise.
_Si je survis oui. Je reviendrai vous voir.
_Ne dis pas ça de cette manière voyons !
J’ai eu un rire devant sa mine renfrognée et j’ai secoué la tête.
_J’ignore de quoi sera fait demain tu sais. Les combats risquent de faire rage. Mais j’ai déjà frôlé la mort de près, et je n’ai pas vraiment envie de recommencer.
_Peut-être que tu nous reviendras Princesse d’Elona cette fois.
_Que…moi ?!
J’ai éclaté de rire et elle m’a rejoint, à la grande surprise de l’équipage qui reprenait lentement ses quartiers.
_Il suffit de voir comment il te regarde, reprit-elle après avoir repris une bonne inspiration, et tu lui as quand même sauvé la vie.
_Je sais…mais notre… « situation » n’est pas plus simple pour autant. Je t’avoue que je ne sais pas quoi en penser. La mort de Séthis…n’a sûrement rien arrangé. Je m’en veux tellement de n’avoir rien vu…
J’ai regardé au large en serrant un peu plus le coffret contre moi. Julia a eu un simple sourire.
_Certaines choses ne se contrôlent pas tu sais ? et puis, tu as retrouvé la mémoire non ?
_En grande partie oui. J’ai encore quelques trous noirs, mais…enfin, ça devrait pouvoir revenir.
_Et ton œil ? il te fait toujours mal ?
_…de temps à autre, mais c’est beaucoup moins douloureux que les premières fois. J’irai voir un moine dès mon retour à Kamadan, ne t’en fais pas.
Elle a doucement hoché la tête, puis s’est retournée quand Ré est enfin monté sur le pont avec le reste de la garde. Il est apparu soulagé de me voir là avec mon amie, et a salué cette dernière d’une petite révérence polie.

_Mademoiselle Julia je présume ? je n’ai pas eu l’occasion de vous remercier.
_Me remercier ? mais je n’ai rien fait. Au contraire, je suis intervenue à un fort mauvais moment.
_Non je parlais des soins que vous avez apporté à mon amie. Grâce à vous, je l’ai retrouvé en un seul morceau, et pour ça, je ne saurai vous dire combien ma gratitude est grande.
_Hum !
Je me suis raclée la gorge, gênée par sa déclaration et j’ai regardé ailleurs pour intimer l’ordre silencieux à la garde de prendre sa place sans poser de question.
_C’était tout naturel votre majesté.
_Laissez-moi vous offrir quelque chose, reprit Ré en faisant signe à l’un de mes hommes de se rapprocher de lui, je sais que ce n’est pas grand chose mais j’espère que cela vous aidera dans un proche avenir.
Il fit ouvrir un coffret rempli de pièce d’or et le présenta à mon amie qui écarquilla les yeux de surprise.
_Ré !
_Ne vous méprenez pas, déclara-t-il en levant les yeux vers nous, je ne veux pas vous insulter en vous offrant de l’argent. Votre amitié envers mon amie lui est précieuse et je ne sais comment vous le prouver en dehors de…cette offrande.
_Mais…c’est beaucoup trop ! Nous ne saurons jamais quoi en faire !
_Je suis certain que si au contraire.
_Nous ne sommes pas si pauvres que ça, vous savez !
Ré eut un large sourire un peu gêné. J’ai posé une main sur l’épaule de mon amie pour la rassurer.
_Le prince est maladroit, mais cela part d’un bon sentiment. Je sais que cela fait cavalier mais…je serai rassurée si tu acceptais. Ne serait-ce que pour vous aider à vivre mieux. Peut-être pour un nouveau bateau…ou un agrandissement de la maison. Crois-moi Julia, je veux que…
_J’ai compris.
Elle a doucement soupiré en regardant le soldat refermer le coffre d’un geste franc.
_Je ne sais pas trop comment mon père va le prendre par contre.
_Témoignez-lui de nos meilleurs sentiments. Qu’il sache à quel point le prince de Vabbi peut lui être reconnaissant.
_C’est bon, elle a compris !
Ils se sont tous les deux moqués lorsque j’ai commencé à me sentir vraiment mal à l’aise. D’autres personnes ont rejoint le ponton, puis les bagages ont suivi, comme un signe du départ imminent.
_Bon…et bien je crois qu’il est temps…
Ré a préféré s’éloigner et s’en est allé voir en cabine si ses affaires étaient à leur place. Julia a baissé les yeux un instant, gênée. Je n’ai eu d’autre choix que la prendre contre moi pour lui prouver ma gratitude. Et lui faire comprendre à quel point je la remerciais.
_Fais attention à toi.
_Je ne risque pas grand chose, se moqua-t-elle en cachant ses yeux rouges, à part peut-être me piquer avec une aiguille.
Mon rire a été nerveux. Elle a fait demi-tour sans plus de cérémonie et a quitté le navire avec le soldat chargé de porter le coffret jusqu’à Turoc. Je suis allée jusqu’à la rambarde de bois pour la regarder disparaître dans la foule des curieux venus voir le fameux Kormir quitter le port pour rejoindre sa terre natale.

J’ai posé le coffret contenant les cendres de Séthis et j’ai calmement regardé les voiles se tendre pour prendre le vent qui allait nous aider à reprendre la mer. Ma tête s’est faite lourde. J’ai préféré m’asseoir malgré le manque d’élégance que cela pouvait apporter à mon statut de capitaine et j’ai pris une longue inspiration d’iode. J’avais peur de rentrer chez moi. Peur de me souvenir de chose que j’aurai préféré oublier …Je n’avais pas envie de finir comme Séthis. Si seul et si malheureux sans personne pour l’écouter. J’étais pourtant restée sans cesse avec lui mais je n’avais rien vu.
_Méthi ?
J’ai repris mes esprits quand Ré s’est dessiné debout devant moi. Il s’est baissé en posant un genou et m’a souri en me dévisageant de ses yeux bleus.
_N’aie crainte. Je ne te laisserai plus partir.
J’ai pris la main qu’il me tendait et je me suis relevée, encore fébrile. Cela semblait si simple pour lui. Peut-être ne réalisait-il pas encore quel avenir se dessinait pour les lanciers…
Derrière nous voguaient les trois navires tyriens promis par les conseillers de l’Arche. Peut-être que grâce eux, je pourrai revenir. Et remercier comme il se doit cette famille de pêcheur à qui je devais la vie.

Voilà, rassurez-vous, c'est fini ^^. Ce n'est pas de la grande littérature et j'ai sans doute pris des chemins faciles mais j'aime bien cette histoire. Alors voilà blush.gif






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Odr'N
posté 12/05/2008, 22:17
Message #4


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Groupe : Equipe Spellborn
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Joint le : 27/12/2007
De : ma chaise qui couine ><
Membre No. : 240



J'ai pas accroché à la première histoire, sans doute trop courte. Mais la seconde m'a bien plu. J'imaginais facilement chaque scène y compris les flashbacks tongue.gif. Très sympathique.


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Kitty
posté 12/05/2008, 22:30
Message #5


Modératrice GW


Groupe : Modérateurs GW
Message : 508
Joint le : 23/12/2007
De : Nord de la Tyrie
Membre No. : 117



Oui je m'en suis doutée pour le premier texte ^^' d'où le rajout de cette nouvelle un peu longue tout de même pour une lecture directe.
Ravie que cela t'ai plu malgré tout. J'avoue l'avoir faite comme je l'imaginais, mais j'ai vu beaucoup de faute après "publication". J'hésite à faire une suite, mais je verrais bien smile.gif
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Ferrick
posté 13/05/2008, 00:38
Message #6





Groupe : Modérateurs Fan Fictions
Message : 2 041
Joint le : 04/10/2007
De : A cinq lieues au sud-ouest d'Arah
Membre No. : 48



Je suis simplement bluffé par la rapidité d'écriture de tes textes. Il me faut des heures et pas mal de versions avant d'arriver à quelque chose d'à peu près convenable. Par exemple, lorsque je suis "inspiré" (en fait ça m'arrive pas des masses biggrin.gif ), j'arrive à écrire une petite page en trois quatre heures. Quand je suis pas "inspiré" (mon état normal quoi), ben je laisse la machine à écrire de côté et je rumine mon histoire.

Bref, Kitty, c'est la cadence infernale de lecture quotidienne tel le mythe de Sisyphe, c'est la nourriture mentale par intra véneuse qu'on ne saurait couper sans tomber dans un état léthargique de cervelle ramollie par la télé, c'est l'univers dans son expansion folle et désordonnée qui nous livre continuellement des recoins inexplorés de poésie...J'en fait peut - être un peu trop là, nan ? rolleyes.gif


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Ferrick Asthen, guerrier d'Orr
Nylstia Demnoris, rôdeuse d'Ascalon
Sifo Myhran, derviche d'Istan
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Kitty
posté 13/05/2008, 10:34
Message #7


Modératrice GW


Groupe : Modérateurs GW
Message : 508
Joint le : 23/12/2007
De : Nord de la Tyrie
Membre No. : 117



laugh.gif mais ça me plait moi, tu peux continuer cool.gif
Non plus sérieusement c'est vrai que j'écris vite...et pas au mieux parfois. Je viens de revoir toutes les fautes et ça, ça craint ^^'
Sincèrement, j'ai ça dans le sang. Et du temps à perdre depuis quelques temps. Alors pourquoi ne pas m'en servir ? GW est une bonne source d'inspiration, avec tous les personnages que cela peut faire naître. Et quand je tiens le bon bout j'ai beaucoup de mal à m'arrêter. La preuve, cette nouvelle devait faire 10 pages à tout casser, elle en fait le double car je n'ai pas su finir en beauté, il a fallu que j'en rajoute encore. Ça en deviendrait presque malsain rolleyes.gif

Enfin normalement, je devrais avoir encore deux ou trois choses à vous montrer. Oui j'en ai encore dans ma boite à malice, pauvre de vous ^^ j'hésite encore, je ne peux tout de même pas tout vous soumettre non plus.

Encore merci à vous de me lire, ça me fait vraiment plaisir happy.gif
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Kelundrum
posté 17/05/2008, 18:14
Message #8





Groupe : Membres
Message : 732
Joint le : 22/12/2007
De : Montpellier
Membre No. : 93



J'ai bien aimé la première histoire mais j'ai une nette préférence pour la seconde dans laquelle j'ai eu plus de facilité à voir les scènes , les lieux et les flashbacks.

CITATION
Enfin normalement, je devrais avoir encore deux ou trois choses à vous montrer. Oui j'en ai encore dans ma boite à malice, pauvre de vous ^^ j'hésite encore, je ne peux tout de même pas tout vous soumettre non plus.


Qu'est ce que tu racontes ^^, je serais plus que ravi de m'abreuver de tes autres nouvelles que tu caches dans ta besaçe laugh.gif

*Tombe accro des histoires de kitty* blush.gif


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Mai , répond moi qu'est ce qu'il ce passe!
Mai ? Ah ouai la petite asiatique qui cogne sur tout ce qui bouge, elle n'est pas prête de reparler à quelqu'un.
La dernière fois que je l'ai vue elle était tout en bas d'une sorte de cage d'ascenseur avec un camion planté dans le cul.
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Kitty
posté 18/05/2008, 16:51
Message #9


Modératrice GW


Groupe : Modérateurs GW
Message : 508
Joint le : 23/12/2007
De : Nord de la Tyrie
Membre No. : 117



Et bien, je ne sais plus quoi dire blush.gif vraiment contente que cela te plaise, au moins, mes phrases veulent dire quelque chose mises bout à bout laugh.gif
Au lieu d'un nouveau chapitre du Félin et l'oiseau, je poste ici une nouvelle petite histoire inspirée d'un thème que je me suis imposé. "Liberté". Ce qui veut tout et rien dire en même temps, vous en conviendrez. C'est un texte sans prétention qui aurait sans doute eu besoin d'être poussé un peu plus profondément dans les lignes, mais comme je ne sais rien faire rapidement, vous en avez une tartine pour pas grand chose ^^ j'ai décidé de mettre le mot fin sinon j'y serai encore alors... tongue.gif

Bonne lecture à vous happy.gif



_Allez, retourne là-dedans !
_Ah !
Je suis lourdement tombé en avant et me suis protégé le visage de mes bras quand ils ont lourdement refermé la grille derrière moi. J’ai recraché du sang, le souffle dur et difficile et je les ai vu partir en riant entre eux comme si je n’étais qu’un simple paquet de linge sale.
J’ai poussé sur mes bras pour avancer sur cette terre molle mais je me suis effondré un peu plus loin, épuisé. J’avais mal. Mon dos sentait encore les coups de fouet alors que ma peau ne pouvait plus supporter une blessure de plus. J’avais faim, j’avais soif…la boue qui maculait le fond de ma gamelle ne m’écœurait plus depuis longtemps. J’avais appris à manger malgré les insectes et les restes avariés. Mon estomac était devenu plus solide mais quémandait toujours la douceur d’un fruit ou d’une viande saignante et dorée à souhait.

Je me suis assis dans un coin de ma cellule pour manger tranquillement cette purée d’aliment dont je ne préférais pas connaître la provenance, replié sur moi-même tel un enfant apeuré. Mes cheveux me tombaient devant les yeux alors que du temps de ma vie d’homme libre, je les coupais courts car je craignais toujours qu’ils prennent feu pendant que je lançais mes sorts. C’était sans doute stupide en y repensant.
J’ai dégluti en posant ma tête contre le mur. Je n’avais plus que la peau sur les os et mon élégant costume d’élémentaliste n’était plus qu’un amas de lambeaux déchirés. Mes seules ablutions étaient celles que mes bourreaux m’autorisaient à faire en me balançant un seau d’eau à la figure. Mais les coups reprenaient aussitôt après et je serrai toujours plus les dents pour ne pas craquer.
« Ombre… »
J’ai eu envie de pleurer en pensant à mon aimée. Elle me semblait si loin. Je ne me souvenais déjà plus du goût de sa peau…seule son sourire restait ancré dans ma mémoire. Pourquoi ses traits commençaient à s’effacer alors que mon cœur battait toujours aussi forts pour elle ?

J’ai regardé cette gamelle crottée et je l’ai balancé des seules forces qui me restait contre le mur de ma cellule, dégoûté.
Cela faisait combien de temps que j’étais ici ? combien de jour, de semaine, de mois ? mes seuls souvenirs de liberté remontaient à la prise du Cromlech de Denravi par ces chiens de blanc manteau.
J’ai été eu en tentant de protéger les plus jeunes d’entre nous. Trois chevaliers m’ont serré au sol et m’ont matraqué de leurs armes jusqu’à me laisser pour mort. J’ai été surpris de me retrouver ici, lié tel un prisonnier de droit commun, avant de comprendre que c’était mes ennemis qui avaient décidé de faire de moi leur otage pour que je leur dise tous sur les agissements de la Lame Brillante. Mais je n’avais jamais cédé…et je n’avais pas l’intention de le faire. Je m’attendais à mourir sous leurs coups mais ils refusaient toujours de me soulager de cette torture aussi bien physique que morale.

J’ai fixé ces deux bracelets gravés d’inscriptions magiques qui m’empêchait de d’invoquer le moindre sort de zone ou même de dégâts bruts. Sans ça, je serai sorti depuis longtemps, mais l’élémentaliste que j’étais n’était rien sans la magie élémentaire qui était la sienne.
« Allez, allez, on se dépêche ! »
_Humm…
J’ai rapidement ouvert un œil, habitué à être réveillé à toute heure de la nuit, et j’ai vu quelques uns de mes tortionnaires courir devant mes barreaux comme s’ils avaient Grenth aux fesses. Je n’ai pas osé bouger afin de ne pas me faire remarquer quand l’un d’entre eux s’est arrêté net.
_Eh ! On fait quoi de celui-là ?!
« Mince ! »
Deux autres chevaliers sont arrivés et je les ai deviné très nerveux.
_On s’en débarrasse !
_Que…non ! Non lâchez-moi !
J’ai titubé en me redressant trop vite à cause de mes jambes fragiles mais j’ai eu assez de force pour en frapper un au visage.
_Enfoiré !
_Ah !
Un autre m’a durement frappé dans le dos et m’a fait tomber à genoux. J’ai tenté de me redresser mais ils m’ont violemment pris les deux bras et m’ont traîné sur le sol alors que ma tête tournait dangereusement. Ils m’ont fait traverser plusieurs pièces dont celle où ils aimaient m’enfermer pour me battre jusqu’à ce que leurs poings leur fassent mal, et ils se sont arrêtés après un moment.
« Ombre…j’espère que tu es heureuse aujourd’hui…car je ne pourrai jamais te revoir… »
J’ai vu le troisième larron sortir son épée de son fourreau et j’ai dégluti, la poitrine douloureuse. Ils m’ont laissé tomber sur les mains et j’ai ancré mes doigts dans la terre molle, attendant le coup final que je ne sentirais sans doute pas.

« Et bien, en voilà un gros gibier »
« Eh ! Lâche-moi ! »
Un rire a résonné et j’ai levé les yeux pour découvrir une silhouette féminine qui sortait à peine des fourrés, un arc long en main. J’ai tiré sur ces lianes dressées hors du sol, les dents serrés à cause de la douleur. J’avais été pris comme un débutant !
« Doucement mon grand, déclara-t-elle en tirant son arme vers moi, prête à tirer une flèche entre mes deux yeux, garde tes mains bien en évidence »
J’ai fait une mine explicite, fou de rage. Elle a continué de sourire et nous avons lentement attendu que son piège disparaisse et me libère le pied. Je suis resté sur les fesses en fixant cette folle qui continuait de me dévisager avec un grand amusement.
« Tu m’as l’air un peu trop richement habillé pour un simple voyageur. Qui es-tu, que viens-tu faire ici ? »
« Si tu t’imagines que je vais te répondre ! »
J’ai brutalement tendu une main et elle s’est jetée au sol pour éviter l’éclat de feu que je venais de lui envoyer.
« Argh ! »
Une flèche m’a transpercé la paume et je me suis attrapé le poignet, paralysé. Elle a eu un autre sourire, cynique celui-là.
« Tu n’es pas vraiment en état de négocier, tu sais ? Je pourrais te tuer avant même que tu ne t’en rendes compte, alors crache le morceau ! Qui es-tu ?! »
J’ai longuement hésité et elle a redressé son arc, corde tendue. Une seconde d’inattention et j’étais mort.
« …Elrik…Elrik de Motoban…”
« Elrik hein? Et qu’est-ce que tu viens faire dans le coin ? »
J’ai dégluti, les doigts bleus. Si je ne recevais pas de soins rapidement, je risquais de les perdre.
« Très bien, comme tu voudras »
Je l’ai vu tendre un peu plus sa corde et j’ai compris qu’elle n’aurait aucune hésitation !
« Je suis venu apporter mon aide à la Lame Brillante ! »
Elle a levé le nez et j’ai grimacé, la douleur persistante.
« Vraiment ? tu n’as pas l’air d’un homme très résistant. Nous n’avons pas de temps à perdre en initiation »
« Initiation ? Je suis un élémentaliste reconnu ! J’ai tué des centaines de monstre et une bonne vingtaine de chevalier blanc ! »
Elle a alors laissé son arc, hilare devant mon air outré. Elle a fait un signe de menton pour m’indiquer le droit de me redresser.
« Allez debout ! On va bien voir ce qu’en pense notre chef ! Et pas d’entourloupe ! Mes doigts me démangent »

J’ai obéi, la main toujours autour de mon poignet. Elle m’a proposé de la devancer, l’air toujours aussi amusé. Qu’est-ce que je donnerais pas pour lui rendre la pareille !
« Et toi alors ? c’est quoi ton nom ? »
« Ça ne te regarde pas »
« Je t’ai bien donné le mien ! Et sous la menace en plus ! »
« Hum…tu n’as pas tord »
J’ai continué d’avancer en manquant de trébucher sur une énorme racine dans cette forêt quasiment impénétrable.
« Alors ? Tu ne m’as pas répondu »
« …Ombre… »
« Pardon ? »
« Ombre. C’est mon nom, Ombre »
Je n’ai pas répondu à peine surpris. Cela expliquait maintenant pourquoi je ne l’avais pas venu venir…

« Ombre… »
J’ai repris mes esprits quand la lame de ce chevalier a scintillé. Je ne pouvais pas mourir ! Pas maintenant !
_Jamais !
Je me suis violemment redressé et je me suis protégé du coup par l’un des chevaliers que j’ai tiré vers moi. Ce dernier a poussé un hurlement de douleur quand son camarade le transperça de part en part. J’en ai profité pour repousser brutalement le troisième et m’enfuir d’un pas rapide bien que je boitais avec une blessure infligée à la cheville.
_Rattrapez-le, bande d’imbécile !
J’ai continué ma course en jetant un coup d’œil derrière moi. J’ai vu de la lumière et cette dernière m’a violemment ébloui. Soudain, le sol s’est dérobé sous mes pieds et j’ai dégringolé de plusieurs mètres avant de m’arrêter violemment contre un mur.
_OUF !
Des points noirs m’ont troublé la vue mais je les ai entendu courir à ma poursuite à travers les branchages de cette jungle où j’avais habité pendant deux ans. J’en connaissais les dangers et les recoins, alors j’ai repris courage et je me suis redressé en trébuchant. J’ai écorché mes mains déjà fatiguées et j’ai plongé dans un trou creusé par les racines énormes d’un arbre qui devait faire plus d’un mètre d’envergure. Je me suis plaqué contre la paroi, le souffle court. Deux chevaliers sont passés non loin mais n’ont rien vu et sont repartis dans l’autre sens sans jamais se retourner. J’ai compris qu’ils vidaient la cache où ils m’avaient enfermé pendant tout ce temps. Pour une raison inconnue, ils préféraient aller voir ailleurs.
« …la Lame Brillante aurait repris le dessus ? »
J’ai tenté une sortie mais tout un escadron a pointé son nez. J’ai donc décidé de rester caché un petit moment..

J’ai patiemment attendu, bien que mes nerfs étaient déjà à rude épreuve et j’ai dressé le nez quand la nuit a envahi la jungle. Je suis remonté à la surface et j’ai regardé autour de moi. Plus aucune trace du Blanc Manteau. J’ai tenté une excursion dans cette grotte souterraine que je ne connaissais qu’à travers ma cellule et mes sorties dans la salle de torture pour chercher des indices et surtout quelque chose à manger.
Je sais, c’était fou de repartir là-bas. Mais pour l’instant, je ne connaissais aucun autre endroit où je pouvais trouver des trucs à dévorer. J’ai tout de même vérifié s’il n’y avait plus personne, chevalier ou prisonnier, puis j’ai fouillé toutes les salles pour faire des provisions et enfin pouvoir manger quelque chose de bon. Je me suis même assis à la table où ces salopards pouvaient déjeuner et j’ai avalé les quelques rations militaires qui restaient là, affamé. J’ai bu jusqu’à plus soif, et une fois le ventre plein, j’ai décidé de ressortir. J’ai fait un sac d’une vieille cape du blanc manteau où j’ai mis ce que je n’avais pas mangé et j’ai quitté cet endroit maudit sans aucun regret.

Je me suis enfoncé dans la jungle en me fiant aux étoiles pour trouver ma route. Ça au moins, je ne l’avais pas oublié. J’ai effacé mes traces, j’ai économisé mes forces…je n’étais plus qu’un squelette par rapport à avant, je n’avais plus l’endurance de ma jeunesse. Et pire que tout, j’ignorais combien de temps exactement j’étais resté prisonnier.
« De quelle saison sommes-nous ? Grenth, Mélandru… ? »
Les nuits étaient froides. J’en ai conclu que nous étions dans le dernier quart, le plus glacial et le plus dangereux. Je me suis donc emmitouflée dans le peu de tissu qui me couvrait, peloté dans des coins sombres et j’ai peu à peu avancé de cette manière, prudent, méfiant, mais aussi au bout du rouleau. J’étais dehors mais pas libre pour autant. Il pouvait y avoir des hommes du blanc manteau partout et j’avais toujours ces fichus bracelets qui empêchaient ma magie élémentaire de s’étendre normalement.

J’ai erré des jours entiers comme ça, cherchant ma route comme je pouvais malgré le fait que la jungle ait énormément changé depuis le jour de ma capture. Mes rations s’amenuisant dangereusement et je manquais d’eau. J’avais échappé la mort pendant tout ce temps, mais elle cherchait désespérément après moi …comment lui échapper ?
« Et moi je te dis que c’est à gauche ! La rivière n’est pas au sud mais au nord maintenant ! »
« C’est moi qui a la carte d’accord ? prends là si t’es si malin !
»
Je me suis jeté au sol quand des voix ont retenti. Je me suis faufilé dans les fougères et j’ai vu deux têtes. Des krytiens visiblement perdus. Tout comme moi. C’était les premiers civils que je voyais depuis une éternité. Mais à savoir de quel côté ils se trouvaient…
Je les ai regardé passer en se chamaillant et j’ai glissé le long de la pente pour ensuite sortir un couteau que j’avais trouvé dans la grotte, près des rations alimentaires. Certes, il était émoussé mais il pouvait encore sortir.

_Ne bouge plus.
J’ai attrapé l’un des hommes par la gorge et j’ai placé ma lame en dessous en le serrant contre moi.
_Que !
Son ami a fait volte-face et a viré au blanc en me voyant là.
_Que…qu’est-ce que vous voulez ?
Ce n’était pas des guerriers, c’était certain.
_Quel jour sommes-nous ?
_Quel…
_Quel jour sommes-nous ?!
_Le…le 301e de la saison de Grenth !
_Le 301…
J’ai rapidement réfléchi. J’avais été enlevé bien après cette date…
_Quelle année ?
L’homme en face de moi m’a longuement dévisagé et a deviné mon état par le regard désespéré que je devais lui lancer.
_1074…
J’ai écarquillé les yeux, sonné. J’ai doucement lâché mon otage et j’ai reculé de plusieurs pas, l’esprit embrouillé. Deux ans…deux ans qu’ils m’avaient retenu dans cette cage ! Je n’arrivais à y croire !

J’ en suis tombé à genoux, les jambes coupées. Je ne pouvais plus faire un pas de plus.
_Monsieur ?
Je crois que je me suis mis à pleurer sans même le réaliser. Les deux hommes m’ont regardé et ne se sont pas enfuis contrairement à ce que j’aurai pu croire. Je devais vraiment avoir l’air misérable.
_Vous…vous n’êtes pas du blanc manteau n’est-ce pas ?
J’ai eu un rire nerveux. Un rire que j’ai eu un mal fou à arrêter. Je me suis pris le visage et je me suis effondré en hurlant comme un fou. Puis enfin…je me suis calmé. Je suis resté bête, les bras lâchés et le regard vide. Deux ans…le monde aurait pu s’écrouler que je n’aurai pas été au courant.
_Vous avez besoin de soin, déclara l’homme que j’avais interrogé, vous êtes très mal en point.
J’ai levé les yeux vers lui, la mort au bord des lèvres. Cela m’avait semblé une éternité…mais j’avais perdu le compte des jours depuis tellement longtemps. Pourtant deux ans…deux ans, ça me paraissait inconcevable.
_Nous devons nous rendre à la Clairière de Maguuma, vous…vous savez peut-être où c’est ?
_Père tu es fou ! Tu vois bien que cet homme est un aliéné !
_Un aliéné ? ais-je repris dans un rire nerveux, est-ce qu’avoir été enfermé pendant deux ans dans une cage fait de moi un aliéné ? est-ce qu’avoir supporté coup et injure sans jamais avoir cédé fait de moi un aliéné ?!

Le plus jeune a tressailli et a reculé d’un grand pas prudent. Je me suis lentement redressé et je les ai dépassé d’un pas sans vie, si lourd que j’étais prêt à m’effondrer là pour me laisser mourir. Un aliéné…peut-être bien…je ne savais plus où j’en étais. Qui étais-je ? pourquoi est-ce que j’avais résisté pendant tout ce temps ? mes amis devaient me croire mort et enterré…étaient-ils seulement partis à ma recherche ? non sans doute pas…
_Attention !
Je suis tombé à cause d’une racine et j’ai vu mes mains trembler comme celles d’une grand-mère. Je n’avais plus de force. Plus de force et plus le goût de vivre. Devais-je rester là en attendant de me faire manger par les scarabée de mousse ?
_Venez.
Une main s’est dessinée sous mes yeux. Le père.
_On vous a torturé n’est-ce pas ? je reconnais ces marques sur vos bras…le blanc manteau n’est pas tendre avec les membres de la Lame. C’est d’ailleurs un miracle que vous soyez encore en vie…
Il m’a souri de manière plutôt assuré et m’a retendu la main. Je m’en suis saisi sans conviction et il m’a tiré vers lui pour me forcer à me redresser.
_Mes geôliers…se sont soudain enfuis…ils voulaient me tuer mais…j’ai réussi à m’échapper, lui ais-je expliqué sans même savoir pourquoi.
_Oui je comprends. Beaucoup de chose ont changé depuis la disparition de la Liche. Mais venez…venez avec nous. Nous avons des réserves et la carte pour trouver notre chemin. Enfin…normalement.
J’ai eu un sourire nerveux. Ce qui m’a surpris d’ailleurs. Je ne me croyais pas encore capable de sourire.
Je les ai suivi tant que j’ai pu de mon pas boiteux. Le plus jeune gardait un œil méfiant sur moi et je pouvais le comprendre. Je me suis vu dans une flaque de rosée…j’étais affreux. J’avais pris 10 ans avec ces cheveux longs et sales, cette barbe broussailleuse et cette peau grise à cause du manque d’ablution…

_Oui le blanc manteau a été vaincu, m’expliqua Melyak sur le chemin de la clairière, par un groupe de héros qui est allé terrasser leurs dieux invisibles jusqu’aux îles de feu. Depuis, ils sont en débandade mais encore bien présents dans la région. Fort heureusement, vos camarades les traquent et leur nombre s’amenuise. Mais ils sont très résistants. Personnellement, je crains une guerre civile…vous savez ? des batailles rangées pour gagner du territoire.
J’ai acquiescé pour la forme mais je ne pouvais que le croire sur parole, vu le temps que j’avais passé loin de tout. Si les Mursaats étaient tombés…pourquoi m’avoir garder alors…je ne parvenais pas à comprendre. Et plus je cherchais, plus je me sentais sombrer dans la folie.
_Et…et la Lame Brillante ? Ses combattants ? Ils sont tous ici ?
_Noon, beaucoup ont regagné la Forge de Droknar. Les nains ont été de concert avec les humains pour nous aider à vaincre la Liche, certains de la Lame sont restés pour soutenir la future reine…
_Evennie ?
_Entre autre.
J’ai baissé les yeux sur le gâteau de riz que me présenta Janael, le fils. Ombre…était-elle en vie ? pensait-elle au moins à moi maintenant que la victoire…
Nous avons gagné la clairière de la jungle après deux jours de marche et je me suis effondré sur une couche qu’Melyak accepta de me céder pour la nuit. Je n’étais pas tranquille mais j’ai dormi en sécurité et donc plus paisiblement que depuis ces deux dernières années. Même si je serrai ce couteau émoussé contre moi, juste par prudence.

_Ces bracelets sont impossible à ouvrir sans la bonne incantation. Il vous faudrait un magicien ou un érudit pour briser le sort qui les retient.
_Il y en aurait au Cromlech ?
_Je l’ignore. Mais avant de vous inquiéter pour ça, vous devriez travailler à retrouver votre forme. Vous ressemblez à un ermite : personne ne vous reconnaîtra avec cette allure.
J’au eu soupir en me regardant dans ce miroir prêté par le marchand qui se trouvait là. Ce dernier a sorti une paire de ciseaux et a entamé cette crinière qui n’était pas la mienne. J’ai regardé mes cheveux tomber tout autour de moi, torse nu. Les cicatrices étaient nombreuses. Je ressemblais presque à un nécromant avec toutes ces marques sur le corps. Mais le marchand a continué, habitué, et m’a presque rendu ma coupe de mes vingt ans.
_Voilààà ! C’est pas mal non ?
Je l’ai chaleureusement remercié. Il a refusé d’être payé pour la forme et m’a également offert de vieux vêtements de voyageur qui m’allait tout de même mieux que mes vieilles guenilles de prisonnier.
_Si vous voulez retrouver les membres de la Lame Brillante, le mieux serait de gagner la Forge. Evennie y a été vu la dernière fois avec la reine et certains de ses conseillers. Vous auriez plus de chance qu’au Cromlech. Ce dernier est pratiquement désert à cause des combats contre le blanc manteau. Personne ne veut risquer sa vie juste pour gagner le fond de la jungle.
Je n’ai pas répondu, plongé dans mes pensées. La Forge…c’était quasiment au bout de la planète…cela allait me prendre des semaines…
_Le mieux serait de passer par la mer, vous gagneriez de précieux jours et sans doute une certaine sécurité.
_Et où pourrais-je trouver un bateau ?
_Au havre des pêcheurs…ou au récif sacré très certainement. Vous devriez pouvoir trouver quelqu’un qui vous aidera. Mais faites attention : le blanc manteau rôde toujours.
_Je comprends…
Je me suis enveloppé dans une longue cape à capuche et j’ai remercié ceux qui m’avaient amené jusqu’ici. Melyak m’a donné quelques pièces malgré mes protestations et m’a souhaité bon courage à travers une prière de Dwayna. J’ai salué Janael d’une tape amicale et je suis sorti, seul.

Aidé d’un bâton de pèlerin, j’ai gagné le havre des pêcheurs après des jours entiers d’une marche calme et posée. Ma cheville me faisait encore souffrir, je boitais donc toujours mais je pouvais encore avancer à un rythme soutenu.
_Un trajet direct pour la Forge ? vous avez de la chance, j’ai une cargaison entière de fanion de marécailleux à aller livrer aux nains ! Vous m’aidez à l’embarquer et à tenir les voiles, et nous serons quitte !
J’ai envoyé une pièce pour la forme au pêcheur qui l’a attrapé au vol avant d’en vérifier le métal.
_Allez, au boulot ! On doit être prêt pour le lever du jour !
Soulever quelques caisses de fainions n’était rien à côté des coups de fouet reçus pendant des heures entières. Certes, mon dos et ma cheville m’ont fait souffrir mais j’avais appris à ravaler ma douleur et j’ai donc réussi à faire mon travail sans broncher. Le capitaine du navire a tenu sa parole et m’a laissé un coin sur le pont pour dormir avec mon baluchon. J’ai aidé son équipage comme j’ai pu et j’ai appris des choses sur les métiers de la mer que je n’aurai pas soupçonné en temps normal.

J’ai fini par m’intégrer à l’équipe quand les côtés des cimefroides se sont dessinées au loin. L’espoir m’a repris les tripes et j’ai débarqué tel un simple voyageur, le souffle court. Les marins m’ont souhaite bonne chance avant de partir pour amener leur cargaison aux marchands qui la demandait. J’ai regardé autour de moi, perdu dans cette foule de voyageur. Il y avait tant de gens, tant de visage…j’ai cherché à en retrouver des familiers mais à chaque fois que j’ai interpellé quelqu’un, j’ai été déçu de voir que je m’étais trompé.
Au bout de deux heures, désespéré, j’ai décidé d’aller boire quelque chose à l’auberge autour de laquelle tournait toute la Forge. Je me suis au fond de la salle, loin de la cheminée et j’ai commandé une choppe de bière naine ; je n’en avais pas bu depuis des lustres mais son goût m’est tout de suite revenu à la première lampée. Tant de chose m’avait manqué pendant tout ce temps…mais j’avais beau être libre…je ne me sentais pas mieux pour autant. Même en retrouvant le meilleure de moine, je boiterai sans doute tout le reste de ma vie ; ces bracelets m’avaient tellement marqué la peau…que même en les retirant, je ne pourrai jamais oublier leur présence ni leur signification. Mon aussi garderait à chaque les stigmates des coups reçus pendant ces jours de torture…et mon esprit…ne serait plus jamais le même. Jamais je ne pourrai oublier…

_Eh tavernier, tu nous en remets une autre à mon ami et moi ?
J’ai tiqué à cette exclamation et levé le nez de mon verre, estomaqué. Là, à quelques mètres de moi à peine, deux membres de la Lame Brillante que je connaissais bien à l’époque : Brian et Alemen, deux chasseurs plutôt doués quasiment inséparables. Et ils étaient en vie !
Je les ai longuement observé en train de discuter et de boire leur bière, à la fois heureux et anxieux. Que devais-je faire maintenant ? j’avais imaginé des milliers de fois le moment où je les retrouverais tous mais…comment allaient-ils réagir en vérité ? ils me croyaient sans doute mort depuis tellement longtemps…peut-être croyaient-ils que je les avais trahi…je n’avais pas cédé aux coups, je n’avais jamais rien dit au blanc manteau mais…je n’avais également aucune preuve en dehors de mon intégrité.

Soudain, ils ont payé leur note et se sont levés, toujours de bonne humeur. Je me suis dépêché de faire de même et je les ai suivi à bonne distance, le visage dissimulé sous ma capuche. Vu la foule, j’ai eu du mal à ne pas les perdre de vue. Ils ont travaillé toute la place principale et sont montés en hauteur pour gagner quelques maisons qui tenaient là, le toit blanc par la neige accumulée.
« Non… »
Je me suis figé quand elle est apparue. La corde qui tenait mon sac a lentement glissé de mes doigts et ce dernier est tombé lourdement à mes pieds. Elle était là, belle, en parfaite santé, droite et fière. Elle ne semblait pas avoir changé et pourtant, son regard était plus dur. Qu’avait-elle vu pendant mon absence ? qu’avait-elle vécu ?
« Ombre… »
J’ai senti mon cœur déborder de joie. Une partie de moi était prête à lui sauter dessus pour lui dire combien j’étais heureux de la retrouver mais une autre…l’autre me disait que ce n’était pas la peine.

Je l’ai regardé rire avec Brian et me suis senti mal. Et si elle m’avait remplacé ? lui en voudrais-je ? j’étais mort pour elle, à quoi cela servirait-il de revenir dans sa vie pour n’être qu’une personne de passage ?
Dégoûté, j’ai décidé de faire demi-tour. Mais je n’ai pas réussi à me détacher de son visage souriant. Je suis resté là à les observer jusqu’à ce qu’ils décident d’entrer à l’intérieur pour se réchauffer puis, ne sachant que faire, je suis allé jusqu’à la fenêtre. J’ai discrètement jeté un coup d’œil à l’intérieur et je les ai vu avec d’autres membres se préparer à dîner en famille. Une vraie peinture idyllique. De celle dont j’avais tant rêvé pendant ma captivité.
« Ça ne sert à rien »
Je me suis lentement éloigné avec ces images pleins les yeux et j’ai regagné le centre de la place. J’ai levé le nez et j’ai senti les flocons se poser doucement sur mon visage sous cette brise fraîche. D’abord me trouver une chambre pour la nuit…ensuite…ensuite…comment savoir ?

_Eh ! Eh mon gars ! T’en veux combien ?
_Pardon ?
Le lendemain, après quelques heures allongé sur le plancher, j’ai décidé de partir. J’ai traversé la place du marché avec difficulté. Il y avait encore plus de monde : à croire que tous avaient décidé de se réunir ici pour une raison obscure. Soudain, au passage du forgeron, ce dernier m’a brutalement interpellé de sa main gantée.
_Tes bracelets ! T’en veux combien ?
J’ai levé la main, perplexe.
_Il faudrait déjà réussir à me les enlever.
_Oh pas de problème, un bon coup de burin et c’est fini !
Je l’ai regardé de travers.
_Vous allez me briser la main.
Il a eu un large sourire en me faisant signe de venir près de son échoppe. J’ai obéi et il m’a pris les doigts pour mieux faire le bracelet en question.
_Mouais fabrication du blanc manteau hein ? t’es resté combien de temps avec eux ?
Je n’ai pas répondu, choqué qu’il me demande ça de manière si désinvolte. Je n’étais peut-être pas le seul prisonnier rescapé mais ce n’était pas une raison. Il n’avait aucune idée du calvaire que j’avais du endurer pour arriver jusqu’ici.
_T’es pas obligé de me répondre, reprit-il en devinant mon état d’esprit, mais tu ne pourras rien faire si tu les gardes sur toi.
_Je suis au courant.
_Alors laisse-moi te les retirer. Ma femme est moniale. Deux coups, et tu es libre. Et tu me payes avec le métal. Ça te va ?
J’ai baissé les yeux un instant.
_Pourquoi feriez-vous ça ?
_Parce que t’as la mine d’un homme qui revient des Limbes. Ch’uis qu’un simple forgeron, mais si je peux aider un gars comme toi avec mes outils, alors je ne vais pas m’en priver. Tu me suis ?

J’ai lentement avalé ma salive et j’ai acquiescé en entrant dans son officine. Il a appelé sa femme qui est descendue sans attendre, les mains dans un torchon, et a tout de suite compris ma situation quand il a sorti son marteau et son burin.
_Mettez-vous là, ça va aller vite.
Il m’a désigné un tronc d’arbre coupé en deux qui devait sans doute lui servir à mettre son fer à chaud. J’y ai mis une main avec appréhension, mais ma liberté était aussi à ce prix. Il a abattu son outil et j’ai retenu un coup de douleur quand sa femme m’a immédiatement soigné et refermé l’impact sur ma peau.

_Voilàà ! Pas de quoi fouetter un chat, n’est-ce pas ?
_Attendez, ne bougez pas.
Sa femme était douce et gentille. Elle a posé ses doigts sur mes blessures antérieures et s’est concentrée pour en faire disparaître certaines.
_Cela sera toujours ça de moins, me dit-elle avec gentillesse, vous voulez que je regarde ailleurs ?
_Non je…merci. Vous avez déjà fait beaucoup.
Elle a acquiescé comme si elle comprenait, et a décidé de m’offrir quelque chose de chaud à boire. J’ai protesté mais son mari a secoué la tête de manière entendue quand elle a disparu dans ce qui devait être l’arrière boutique.
_T’es de la Lame, toi non ?
J’ai brutalement redressé la tête et le forgeron m’a souri à travers sa moustache, mes anciens bracelets dans la main.
_ Y a que ça pour expliquer les marques que t’as sur la peau. Le blanc manteau ne s’en prend à deux sortes de personnes : les agents de la Lame ou les Elus. Et comme leurs dieux ont disparu…c’est facile de faire le compte.
_J’ai…j’ai réussi à m’enfuir. Mais maintenant…je ne sais plus vraiment quoi faire.
_Y a certains de tes camarades ici. Pourquoi tu ne vas pas les voir ?
J’ai ouvert la bouche pour répondre, mais aucun son n’en est sorti lorsque le visage d’Ombre souriant est revenu dans mon esprit. Alors je me suis tue, les yeux baissés sur mes mains.
_Je vois…c’est toi qui décide après tout. Mange en attendant. Ça te fera toujours ça dans l’estomac.
Je n’ai pas osé refuser, touché par cette chaleur humaine. A moins que c’était mes pouvoirs qui revenaient enfin…après deux ans d’inactivité, est-ce que j’étais encore capable de m’en servir ?
_Tu vas faire quoi maintenant ? me demanda le forgeron quand je décidais de les quitter enfin, tu sais, les routes sont plus sûres mais pas assez pour se balader, tu me suis ?
_Je pensais prendre la mer…visiter d’autres pays…
_Et t’as personne de ta famille qui t’attends ?
_J’avais quelqu’un…ais-je murmuré dans un sourire forcé, mais elle est sans doute plus heureuse sans moi à présent…merci encore pour tout.
_Que Lyssa te protège, Elrik de Motoban.

Je les ai lentement quitté et je me suis dirigé d’un pas lent vers le port, par là même où j’avais débarqué. Peut-être qu’un patron serait prêt à m’engager pour partir sur les mers.
_Bah là tu trouveras personne mon gars, y a une tempête prévue pour cette nuit ! Mais demain si ça se calme, faudra voir avec le patron. T’auras peut-être de la chance.
J’ai eu un soupir et j’ai regardé autour de moi pour trouver un endroit sur le quai pour passer le temps. Je n’avais nul part où aller, alors autant rester ici pour manger à l’abri des flocons qui se faisaient de plus en plus nombreux. Tellement nombreux qu’ils ont fini par recouvrir tout mon horizon.
_Mettez les bateaux à l’abri ! hurla une voix, amarrez-les solidement !
J’ai proposé mon aide à un équipage prit de court par la violence de la tempête et on m’a lancé des cordes pour attacher ce qu’il fallait avec force. Les marchands couvrirent leur étalage, les passants se pressèrent pour rentrer chez eux, et je suis resté là sur le quai, les bras ouverts. J’avais passé des années dans la jungle de Maguuma, dans une cellule remplie d’humidité et d’une chaleur parfois étouffante. La neige pour moi, c’était une autre sorte de délivrance.

_Elrik !
Une voix m’a interpellé à travers les hurlements du vent. Je me suis retourné mais les flocons m’ont empêché de distinguer les traits de cette personne.
_C’est toi n’est-ce pas ? Elrik de Motoban ?
Le vent m’a sifflé dans les oreilles et j’ai fermé les yeux pour éviter les flocons. Soudain, ils ont semblé cesser et j’ai violemment repris mes esprits. Quelqu’un avait ouvert une protection entre elle et moi et malgré le vent, j’ai enfin pu respirer.
_Je savais que c’était toi…souffla cette voix chaude, mes yeux ne m’ont jamais trompé.
J’ai dégluti, la respiration difficile. Ombre m’a faiblement souri, la tête penchée sur le côté.
_Tu…tu me reconnais ?
_Oui…bien sûr. Je ne t’ai jamais oublié.
Son sourire s’est accentué. Elle a levé une main vers mon visage, mais j’ai instinctivement reculé. Elle a rétracté ses doigts quand j’ai regardé ailleurs. Je ne voulais pas qu’elle me voit tel que j’étais maintenant : un déchet.
_Pourquoi tu…pourquoi tu n’es pas venu me voir ? sans Durian le forgeron je…j’aurai toujours cru t’avoir rêvé derrière cette fenêtre.
_Ça fait deux ans, Ombre.
_Et alors ? tu t’imagines que je …
Le vent a couvert ses paroles et la neige a redoublé de force. Sa protection a cédé et nous avons été fouetté en plein flan. Je l’ai instinctivement pris contre moi pour la protéger et nous avons trouvé un endroit à l’abri de cette tempête. Quand j’ai réalisé la situation, je l’ai lâché.

_Elrik…
_Va-t-en.
_Tu n’as pas le droit de faire ça ! Tu sais combien j’ai souffert de ta disparition ?!
_Et combien j’ai pu souffrir d’être enfermé comme un rat pendant que tu continuais de vivre avec les autres comme si ne rien était ?!
Elle m’a envoyé sa main dans la figure. J’ai serré les dents, les émotions au bord des lèvres.
_Je t’ai cherché partout ! hurla-t-elle pour se faire entendre, dans tous les recoins de ce monde ! La jungle de Maguuma ! Les cimefroides ! Ascalon ! Et même sur les îles de feu !! Partout, tu entends ?! J’ai suivi les héros qui ont tué la Liche car je te pensais prisonnier des Mursaats !
_Mais j’étais pas loin de la clairière de Maguuma ! A quelques jours à peine du Cromlech de Denravi !
Elle a reculé la tête, choquée, et s’est protégée la bouche de ses mains. C’est la première fois depuis que je la connaissais que je la voyais pleurer. Elle a doucement tendu une main et m’a attrapé par ma cape pour venir se blottir contre moi. Pouvait-elle sentir mes cicatrices ? pouvait-elle sentir mes os tant j’avais perdu de poids ?
_Je t’aiderai…murmura-t-elle alors d’une voix chevrotante…je t’aiderai autant que je le peux.
_Pourquoi faire ? je ne sais même plus si…si je peux me battre.
_Te battre n’est pas le plus important, déclara-t-elle en me regardant dans les yeux malgré les siens rougis par les larmes, le plus important, c’est que…tu restes. Avec moi.
J’ai fermé les yeux lorsqu’elle m’a effleuré la joue. Ces mots-là, je les entendais tous les soirs dans mes rêves. Comment savoir s’ils étaient réels cette fois ?
_Viens s’il te plait…tout le monde t’attend.
_Ombre.
Elle m’a serré la main mais je l’ai arrêté alors qu’elle était prête à sortir de l’abri.
_J’ai…j’ai beaucoup…
Elle m’a regardé mais je n’ai pas réussi à finir ma phrase. Les mots s’envolaient avant même que je ne parvienne à les formuler. Tout mon corps s’est mis à trembler et j’ai senti la peur me reprendre. Est-ce que je devenais fou ?

_Elrik ! Elrik doucement ! Je suis là…
Elle m’a serré contre elle et j’ai longuement respiré son odeur. Elle était vraiment là. Cette fois, elle était vraiment là.
_C’est fini…me souffla-t-elle en m’embrassant, ce doux contact qui m’a fait vibrer, tout est fini…ils ne te feront plus jamais mal…
Je n’ai pas osé répondre, frigorifié. C’était comme si nous ne nous étions jamais quittés.
_Beaucoup reste à faire, mais je vais bien m’occuper de toi, tu verras.

Je n’ai pas répondu, la gorge sèche. Elle s’est emparée de mon sac puis m’a serré la main comme pourrait le faire deux adolescents. J’étais toujours prisonnier quelque part en moi…mais Ombre possédait la clef de ma cellule…j’en étais persuadé. Juste le temps pour nous retrouver et peut-être qu’un jour…peut-être qu’un jour, je ne souffrirais plus.
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Odr'N
posté 18/05/2008, 19:46
Message #10


Rédacteur TCoS


Groupe : Equipe Spellborn
Message : 1 251
Joint le : 27/12/2007
De : ma chaise qui couine ><
Membre No. : 240



Très beau texte, encore une fois ! Une fois commencé, on ne peut plus s'arrêter. Et pi les personnages, plus ils sont torturés, plus je les aime tongue.gif.


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Kitty
posté 23/05/2008, 00:35
Message #11


Modératrice GW


Groupe : Modérateurs GW
Message : 508
Joint le : 23/12/2007
De : Nord de la Tyrie
Membre No. : 117



Alors j'avais dit en préambule que ce sujet ne toucherait pas les De Palombe, mais je n'ai pas résisté à écrire ce morceau. Vi je n'ai aucune volonté en fin de compte ^^'
Voici donc une petite histoire, sans doute bourrée d'erreur et avec une syntaxe approximative (ne fuyez pas !) mais j'avais cette anecdote dans la tête depuis plusieurs jours et pour ceux qui connaissent, c'est très désagréable si on ne la couche pas sur papier. Donc voilà.


excl.gif Ne lisez pas si vous ne voulez pas connaître le futur de Kitty. Sinon tant pis pour vous, vous serez spoilé ^^ excl.gif pour les autres, bonne lecture. (je suis précise que je ne suis pas responsable si vous lisez quand même hein? tongue.gif)

Je suis né dans une famille particulière. Je suis un fils de héros. Certes, je ne suis pas le seul et ce serait prétentieux de prétendre le contraire, mais ma situation est tout de même particulière. En effet, ma mère est une héroïne tyrienne venue à Elona pour aider les lanciers du soleil à combattre Abaddon, le dieux malfaisant, alors que ce dernier tentait de revenir dans le monde des hommes, poussé par des fanatiques aujourd'hui dispersés dans le désert. A l'époque, mon père faisait parti de ces mêmes lanciers et leur rencontre n'a pas été des plus agréables. Lorsqu'on les voit aujourd'hui aussi proches, on peut se demander comment une telle rencontre a pu se produire, tant ils peuvent être différents.

Mais quand j'étais enfant, je ne comprenais pas pourquoi ils étaient aussi occupés et pourquoi tout le monde me parlait d'eux comme s'ils étaient des personnes extraordinaires. J'étais frondeur, turbulent, insolent…je voulais qu'ils s'occupent de moi mais ils n'avaient jamais le temps. Et ça a empiré lorsque ma sœur est venue au monde.
Je me retrouvais souvent seul à l'époque, car j'aimais échapper à la surveillance de mes chaperons. Etre le fils du nouveau maréchal des lanciers, ce n'était pas une sinécure.
_Eiron ! Enfin je te retrouve !
J'ai à peine baissé les yeux quand Aysha, mon nourrice, a fini de courir partout pour mettre la main sur moi.
_Par Balthazar, ne bouge pas ! Je viens te chercher !
_Nan je suis bien ici !
J'étais parvenu à monter tout en haut de l'édifice qui surplombait la cours du sanctuaire des lanciers. Et j'aimais balancer mes pieds dans le vide en observant l'horizon qui s'offrait à moi.
_Ne dis pas de bêtise ! Tu dois descendre de là !
Elle a disparu sous mes pieds pour sans doute atteindre les escaliers et venir me forcer à la suivre jusqu'en bas. Je m'ennuyais comme un rat. Il n'y avait rien à faire pour un enfant de 8 ans dans ce bâtiment normalement construit pour les militaires.
_Allez viens ! Si ton père te trouve là-haut, il va me tuer !
Aysha m'a brutalement attrapé par le bras et m'a forcé à me lever d'une mine farouche.
_Non, je ne veux pas rentrer chez moi !
J'ai repris mon bras et j'ai couru pour lui échapper.
_Eiron !

J'ai sauté par-dessus le mur et j'ai dévalé les escaliers sans jamais regarder derrière moi. Je voulais partir d'ici. Rejoindre la maison que nous avons avant que mon père ne devienne maréchal. Ici, personne ne savait que j'existais. Et quand c'était le cas, c'était pour me gronder.
_Aie !
Je suis rentré dans les jambes de quelqu'n et je suis tombé sur les fesses, sonné.
_Et bien, en voilà des manières, se moqua une grosse voix masculine, où tu cours comme ça ?
Une main noire s'est baissée vers moi et m'a attrapé par le dos pour me soulever comme un vulgaire lapin. Koss. Un ami de papa, lui aussi un lancier du soleil.
_Lâche-moi !
_Olà olà on se calme !
Je suis retombé sur les fesses mais je me suis vivement redressé pour vite m'échapper. Koss a eu un rire et m'a aussitôt rattrapé par la ceinture avant de me soulever du sol et me placer sur son épaule.
_Non lâche-moi !
_Allez allez je te ramène chez toi. Tu as fait assez de bêtise pour aujourd'hui.
_Nan ! je ne veux pas rentrer à la maison !
J'ai tapé du poing et des pieds mais c'était à peine s'il devait me sentir à travers son armure de général. Il a ri en me tenant d'une seule main et a fait tout le chemin pour gagner le quartier de résidence normalement réservé à ma famille.
_Yo Horus ! Je te ramène un paquet !
_Hum ?
J'ai aussitôt grimacé. Mon père a froncé les sourcils en me découvrant dans cette mauvaise posture et a eu un soupir bien senti en devinant que je n'en avais fait encore qu'à ma tête. Il était grand et fort dans son armure de maréchal mais ses yeux bleus montraient de la déception. Comme toujours lorsqu'il me regardait.
_Allez, monte dans ta chambre, me dit-il d'une voix calme après que Koss ait bien voulu me lâcher, et reste sage jusqu'au retour de ta mère.
_Humf !
Je me suis précipité à l'intérieur et j'ai fait résonner chacun de mes pas en grimpant les escaliers. J'ai claqué la porte derrière moi et je me suis jeté sur mon lit pour mieux me cacher sous mes draps, mauvais. Je voulais partir d'ici !

_Eiron, à table !
Je me suis réveillé brutalement quand une voix s'est fait entendre du rez-de-chaussée. Je suis sorti de ma chambre encore ensommeillé et j'ai découvert que mes parents étaient déjà assis devant leur assiette. Ma petite sœur était là aussi, gigotant sur sa chaise haute, sa cuillère à la main. Ma mère a levé les yeux vers moi et j'ai enfoncé ma tête entre mes épaules, penaud.
_Viens t'asseoir, cela va refroidir.
J'ai obéi et je suis resté silencieux quand Aysha est venue me servir une grande coupe de ma soupe préférée. Je me suis caché dedans et j'ai mangé sans faire de bruit alors que mes parents ne disaient pas un mot. Ils ont avalé leur dîner en ouvrant à peine la bouche et j'ai senti la pression m'écraser un peu plus lorsque j'ai réalisé que j'avais été privé de dessert, une fois de plus.
_J'imagine que tu sais pourquoi, déclara sobrement ma mère en découpant un gâteau de riz en morceau pour le donner à ma sœur, demain, tu iras faire tes excuses à madame Shira et tu l'aideras à refaire sa lessive.
_Non !
_Oh si tu le feras ! reprit-elle d'une voix plus forte, tu as volontairement sali ses draps pour je ne sais quelle raison, réduisant ainsi une journée complète de travail à néant !
_Elle n'avait qu'à pas me traiter de sale garnement !
_Et pourquoi t'a-t-elle appelé comme ça à ton avis ?
J'ai serré les dents, furieux. Ma mère m'a regardé de ses yeux perçants et j'ai aussitôt détourné la tête. Elle me faisait peur quand elle était en colère.
_Tu iras l'aider comme je te le demande. Et ensuite tu resteras à la maison pour faire tes devoirs.
_Je les ai déjà fait !
_Dunkoro t'en a déjà préparé d'autres. Cela devrait t'occuper suffisamment longtemps pour que tu évites de regarder ailleurs.
J'ai baissé la tête, les pieds battants sous la table.

_…de toute façon, je sais que tu m'aimes pas…!
_Je te demande pardon ?
Je n'ai pas osé la regarder, les dent serrés.
_Tu m'aimes pas parce que je ne suis pas comme vous. Ch'uis pas un héros moi ! Je ne sais rien faire ! t'as honte de moi, c'est pour ça !
_Ça suffit Eiron !
Mon père a claqué sa main sur la table et m'a fait sursauter. Ma mère m'a regardé avec des pupilles acérées et j'ai senti que j'étais allé trop loin.
_Retourne dans ta chambre, siffla mon père avec colère, et tu n'en redescendras que pour aller voir madame Shira. Tu m'as bien compris ?!
Je suis descendu de ma chaise et je suis monté à l'étage sans rien dire, les larmes aux yeux. Je me suis emmitouflé dans ma couverture et j'ai pleuré en silence, effrayé. C'est vrai, je ne savais rien faire…j'avais 8 ans, mais contrairement aux enfants de mon âge qui m'entouraient bien souvent, je ne savais pas faire trembler la terre, tenir une épée ou même me battre…j'étais maigre, pas très habile et beaucoup se moquaient de moi parce que mes parents étaient reconnus pour leur force et leur courage. Je me demandais parfois si j'étais réellement leur fils…

_Eiron ? allez il faut se lever maintenant.
Aysha m'a réveillé en ouvrant le rideau de ma fenêtre et le soleil m'a ébloui. Je me suis redressé, les yeux gonflés et j'ai posé les pieds au sol sans avoir vraiment l'envie de sortir.
_Je te laisse faire tes ablutions mais ne traîne pas trop d'accord ?
Elle a passé une main dans mes cheveux hirsutes et m'a laissé dans ma chambre après avoir déposé une bassine d'eau froide à côté de mon lit. Je me suis recroquevillé dedans, frissonnant et j'ai regardé ma peau brune alors que j'avais les cheveux blonds. Ça aussi ça me différenciait des autres.
_Tu es prêt à aller voir madame Shira ?
J'ai enfilé mon petit uniforme d'élonien et j'ai suivi ma nourrice sans broncher. En fait, j'étais malheureux.

_Ah le voilà le petit garnement ! Tu sais que j'ai du aller voir ta mère pour lui dire toutes les bêtises que tu as faite ? elle n'était pas contente tu peux me croire !
J'ai baissé les yeux, mais la vieille Shira n'a pas arrêté.
_C'est à se demander de ce qu'elle va bien pouvoir faire de toi ! Ah elle doit être déçue c'est sûr ! avoir un fils aussi maladroit alors qu'elle a sauvé Elona d'un mauvais dieu !
_Madame Shira s'il vous plait…
_Non non non il ne mérite pas d'être protégé Aysha. Tu perds ton temps avec lui, il n'apprendra jamais rien. Il est trop bête pour ça !
_C'est pas vrai !
J'ai brutalement lâché la main d'Aysha et j'ai fait demi-tour en courant le plus vite possible loin de cette vieille truie. J'ai couru jusqu'à ne plus avoir de souffle et j'ai du m'arrêter, les mains sur les cuisses pour éviter de m'évanouir de faiblesse. J'ai regardé autour de moi après un moment, et j'ai alors réalisé avec horreur que j'avais quitté le sanctuaire sans m'en rendre compte.
_Non…
J'avais passé la porte tête baissée et je me trouvais maintenant au milieu du désert, pas loin de quelques insectes rampants. J'ai fait un tour sur moi même, mais même le bâtiment du sanctuaire avait disparu. Je ne savais pas dans quelle direction je devais aller.

J'ai eu envie de pleurer mais je me suis repris et j'ai fait demi-tour en essayant de suivre mes traces de pas dans le sable. Mais tout un troupeau d'insecte a brouillé ses dernières et j'ai cru que j'étais fini. Je n'avais traversé le désert qu'en compagnie de ma famille et je n'étais pas du genre à écouter les recommandations ennuyeuses de Dunkoro qui ne cessait de parler de plan et de préparation, alors que moi, j'avais déjà du mal à retenir ses leçons sur des rouleaux de parchemin entier…
« Si j'avais su… »
J'ai continué à avancer sans savoir vraiment où je me rendais, quand d'autres bâtiments se sont dessinés à ma ligne d'horizon. Kamadan !
Je me suis mis à courir, soudain exalté et j'ai passé la porte en regardant autour de moi. Il y avait un monde fou ! dix fois plus au moins qu'au sanctuaire !
_Aie !
_Oh pardon gamin.
J'ai été bousculé dans tous les sens, écrasé par certains, ignore par d'autres, à un tel point que j'ai du aller me réfugier dans un coin pour ne pas être emporté par la foule.

_Eh tu marches sur quelqu'un là.
_AH !
J'ai fait un bond en soulevant un pied et j'ai titubé en arrière en découvrant un homme assis en taille, les jambes recouvertes d'un bout de tissu. Je me suis cogné contre le mur en face, le cœur battant à vive allure. C'était un mendiant, sale, couvert de guenille, les yeux cachés derrière un bandage sombre.
_Ne t'inquiète pas petit, je ne suis pas méchant. Tu as une petite pièce ?
_Euh je…
Il a eu un large sourire puis a doucement ri en devinant la peur qui me tiraillait.
_Qu'est-ce que tu fais ici, tu sembles perdu.
_Ça…ça ne vous regarde pas !
_Oh oh, un petit tigre ! c'est qu'il sortirait ses griffes !
J'ai dégluti, la gorge sèche. La foule continuait de déambuler autour de nous sans se soucier de ce qui se passait, poussée par les cris des marchands qui vantaient la qualité de leur étalage.
_Dis-moi petit, si je te donne de l'argent, tu irais me chercher quelque chose à manger ?
_…pourquoi je ferai ça ?
_Parce que ta mère t'a sans doute bien élevé…et que tu vois sans doute que je ne peux pas aller bien loin comme ça.
Il a à peine levé le tissu qui couvrait ses jambes et j'ai deviné qu'il en manquait une.
_Co…comment vous vous êtes fait ça ?
_Je me suis battu contre un draguerre enragé. Son épée était très aiguisée.
_C'est lui aussi qui vous a pris vos yeux ?

Il m'a un instant observé avec son bandage et a éclaté de rire, hilare. Je m'en suis vexé.
_Eh ! Qu'est-ce que j'ai dit de drôle ?!
_Rien petit…tu es juste mignon par ton ignorance…
_Je suis pas ignorant !
_Ah bon ?
_Je ne suis pas bête ! je…je…
Je n'ai pas trouvé mes mots et il a continué de me regarder avec les sourcils haussés. J'ai dégluti et mes épaules se sont affaissées alors que j'avais encore envie de pleurer. Il a eu un faible sourire et m'a fait signe de s'approcher de lui.
_Allez tiens. Va te prendre quelque chose à manger.
Il m'a donné deux pièces d'or alors je reniflais bruyamment et a posé sa main sur ma tête, comme pouvait le faire ma mère par moment.
_Et ne pleure pas va. Tu es un grand garçon.
J'ai acquiescé et je suis entré dans la foule pour essayer de rejoindre un marchand qui vendait des sucreries. J'ai du me dresser sur la pointe des pieds pour qu'il me voit et il m'a vendu trois gâteaux de riz dans un petit sac.

J'ai rejoint le mystérieux mendiant et ce dernier m'a remercié avant de partager son gâteau en deux.
_Allez mange.
Il m'a donné l'autre partie et je me suis assis en face de lui, affamé. Nous avons mangé ensembles en silence et j'ai regardé les gens qui passaient devant la ruelle sans nous voir.
_Alors comme ça, tu t'es enfui de chez toi ? ce n'est pas très malin.
_…je sais…
_Tes parents vont sans doute te chercher.
_…je ne crois pas non…je ne suis pas assez bien pour eux.
_Allons bon ! Qu'est-ce qui te fait croire une chose pareille ?!
J'ai mâchonné un bout de gâteau, les yeux vides.
_…c'est des héros…et moi…moi ch'uis rien.
Il m'a regardé comme s'il voulait voir à travers son bandeau.
_Toi, tu es surtout un garçon de 8 ans qui se cherche encore. C'est normal que tu ne saches pas encore ce que tu veux faire plus tard.
_Mais je n'ai aucun pouvoir ! je …je sais rien faire !
_Tu as 8 ans, répéta-t-il un peu plus fort, tu as encore tout le temps avant de développer quoique ce soit. Et puis, c'est bien aussi d'être un homme normal.
J'ai haussé les épaules, peu convaincu. Mes parents étaient des héros…je ne me voyais pas depuis devenir un simple paysan.
_Allez, tu veux m'aider à gagner de l'argent ?
_…qu'est-ce que je dois faire ?
_Utiliser ta bouille pour attirer la pitié des vieilles dames…ne t'inquiète pas, je te protégerai.
_Mais…ce n'est pas illégal ?
Il a de nouveau ri et m'a écrasé la tête avant de se tourner du côté de la foule. Il a posé un petit pot à ses côtés et m'a demandé de m'asseoir de l'autre. J'ai obéi, ne sachant pas trop quoi faire d'autre et j'ai attendu.

_Observe bien les gens qui passent devant nous.
_Pourquoi ?
_Tu pourrais apprendre certaines choses. Tiens par exemple, cet homme qui attend dans le coin…qu'est-ce qu'il fait là à ton avis ?
_Euh….il attend ?
_Mais encore ?
J'ai haussé les épaules en le déshabillant du regard.
_Il est grand…c'est un étranger.
_A quoi est-ce que tu vois ça ?
_Bah…il a la peau plus clair que celle de ma mère.
_Ta mère n'est pas élonienne ? ça explique la couleur de tes cheveux.
_Humf…
Je les ai écrasé d'une main agacée.
_C'est ce qui fait ton charme mon garçon, se moqua-t-il en me bousculant un peu, que peux-tu me dire d'autre sur cet homme ?
Je me suis gratté la joue.
_Il n'est pas de bonne humeur…il tape du pied, il attend depuis longtemps.
_Hum hum.
Une femme est venue déposer des pièces dans la petite boite et m'a envoyé un large sourire. J'ai répondu, un peu gêné.

_Tiens et cet homme là ? que peux-tu me dire sur lui ?
J'ai regardé dans la direction opposée, juste à côté du marchand où j'avais été acheté les gâteaux. Il était étrange…le visage à moitié caché par un tissu, il portait une armure avec des pièces différentes et il lui manquait sa main gauche.
_Il…a l'air mauvais. Il est en colère…
_Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
_Son œil tremble tout seul.
_Bien. Tu vois, tu es observateur.
J'ai eu un petit sourire de fierté mais soudain, l'homme a foncé dans la foule, comme s'il avait vu quelqu'un qu'il connaissait. Je l'ai suivi du regard quand soudain, j'ai reconnu l'armure de ma mère. J'ai failli me redresser pour ne pas qu'elle me voit ici mais l'homme se dirigeait droit vers elle.
_Eh De Palombe !
Elle s'est retournée et a froncé les sourcils. J'ai vu une arme. Une dague. Et elle n'avait pas son arc avec elle. Elle était sans défense.
_MAMAN !
Elle a tressailli et m'a vu là mais j'étais sur le trajet de l'étranger. Elle a alors vu son arme et l'a évité en lui maîtrisant le bras.

_Eiron !
_Qu…
_Attention gamin !
J'ai fait un bond mais un bras m'a soudain attrapé par la taille et m'a soulevé du sol avec force. J'ai hurlé quand j'ai compris que l'assaillant de ma mère avait un complice. Et je m'étais dévoilé en criant pour la prévenir.
_Eir… !
_Tu bouges et j'égorge ton chérubin.
Je me suis figé quand il a glissé une lame sous mon cou. Ma mère a pillé net, les poings serrés. Et pour la première fois de ma vie, j'ai vu de la peur dans ses yeux.
_Je ne sais pas qui vous êtes…mais mon fils n'a rien à avoir là-dedans…relâchez-le.
_Oh tu crois ? cracha l'homme qui me serrait à m'étouffer, tu as tué plusieurs de nos camarades dans le passé ! Pourquoi ne pas te débarrasser de lui pour faire l'échange ?
_NON !
Elle a avancé d'un pas mais s'est de nouveau arrêtée quand j'ai commencé à avoir mal.
_D'accord, d'accord ! Qu'est-ce que vous voulez ?
_Ce que l'on veut ? c'est te voir souffrir, sale garce ! pour avoir massacrer notre équipage !
Je me suis mis à pleurer, terrorisé.
_Mam…
L'homme a resserré sa lame et j'ai dégluti en sentant du sang couler le long de mon cou. Les yeux de ma mère ont commencé à changer. Son visage s'est peu à peu modifié et elle a montré ses canines. Elle est devenue effrayante.
_Lâche-le…siffla-t-elle d'une voix étrange.
_Oh non je compte bien m'amuser un peu avec lui avant ça !
Elle a poussé une sorte de grognement sans voir qu'un autre individu se glissait derrière elle. Elle était tellement concentrée sur moi qu'elle n'entendit pas le crépitement des flammes alors qu'il préparait une boule de feu.

« Maman ! »
J'ai fermé les yeux en refusant de la voir mourir devant moi.
« N'aie crainte mon garçon…concentre-toi simplement… »
« Je… »
J'ai obéi sans trop savoir pourquoi, tremblant de peur. Quelque chose est apparu dans le noir. Un sorte de…de fantôme que je n'avais jamais vu avant.
« Guide-le pour qu'il protège ta mère…juste derrière elle. C'est facile »
« Et…et si j'échoue ? »
« Ça n'arrivera pas »
J'ai dégluti sans ressentir la douleur. J'ai demandé à cette chose de ma voix d'enfant de protéger ma mère, pensant sans doute que cela ne marcherait jamais. Mais il y a une exclamation de l'autre côté et quand j'ai rouvert les yeux, le fantôme était là. Ma mère a fait volte-face et a profité de la surprise pour frapper violemment le traître. Ce dernier a volé sur plusieurs mètres et a effrayé la foule en s'écrasant sur un étalage de fruit. Mon agresseur a resserré son étreinte, mais des cheveux blonds m'ont bientôt caressé le visage. Ma mère était déjà à ses côtés.

_Je t'avais dit de le lâcher.
Elle lui a attrapé le poigné qui couvrait ma gorge et lui a cassé en un seul geste. L'homme a hurlé sa douleur et m'a brutalement laissé tomber. Mais un bras m'a rattrapé à temps et m'a attiré vers lui.
_Maman !
Je me suis instinctivement accroché à son cou et j'ai réalisé avec effroi et admiration qu'elle tenait mon agresseur d'une seule main serré autour de sa bouche. L'homme tentait vainement de lui retirer de là, le visage déjà bleu.
_Eiron ferme les yeux s'il te plait.
_Mais…
Un regard en coin d'œil et j'ai tourné le visage dans son cou. Un craquement sinistre a retenti et l'homme s'est effondré à ses pieds sans plus de cérémonie.
_Montre-moi ta gorge.
Je me suis doucement redressé et elle a posé sa main sur ma peau pour la refermer d'un petit sort de soin. Elle m'a ensuite regardé dans les yeux et j'ai éclaté en sanglot comme une petite fille.
_Je voulais pas…je suis sorti du sanctuaire mais…je me suis perdu !
_Et tu es resté ici tout seul ?
_Ne non…il était avec moi.
Je lui ai désigné le vieux mendiant dans le coin de la rue mais la place était vide. Il ne restait plus que le tissu et le petit pot où se tenait l'argent.
_Et bien, il n'est plus là.
_Non il ne pouvait plus marcher ! Je t'assure, il n'avait plus de jambe gauche !
Elle m'a regardé en haussant un sourcil.
_C'est vrai j't'le jure !
_Eiron…
Elle a levé une main et j'ai aussitôt fermé les yeux, craignant la punition. Mais elle a juste passé ses doigts dans mes cheveux hirsutes et m'a regardé avec un sourire attendri.

_Allez viens-là…
Elle m'a amené contre sa poitrine et je me suis accroché à son cou en pleurant toute la peur qui m'avait envahi. Elle m'a bercé en me caressant la tête et j'ai cru revenir un véritable bébé.
_Tu as été très courageux tu sais ?…tu vois que tu peux être fort toi aussi.
_J…j'ai eu peur !
_Ah ah mais c'est normal. Tu es encore très jeune.
J'ai bruyamment reniflé et elle m'a doucement reposé par terre. J'ai réalisé que beaucoup de gens nous observait et j'ai brutalement lâché sa main, soudain mort de honte. Elle a eu un petit rire avant de me caresser de nouveau la tête.
_Mais-euh arrête !
Je les ai écrasé de mes mains et elle a continué de sourire.
_Allez viens, on rentre à la maison. Et tu vas me raconter tout ce qui s'est passé avec ce mystérieux mendiant.
_Tu ne me croiras jamais…
_Et pourquoi pas ?
J'ai faiblement haussé les épaules en reniflant de nouveau. J'avais envie de rentrer à la maison.
_Tu crois que je le reverrai un jour ?
Le soir arrivé, elle est venue me border alors qu'elle avait cessé de le faire depuis la naissance de ma sœur et s'est assise au bord de mon lit.
_Peut-être bien qui sait ? tu as bien dit que c'est lui qui t'avait aidé à appeler cet esprit…
_Oui. Mais je ne sais pas si j'ai bien fait.
_Je suis toujours en vie non ? ne te tracasse pas pour ça et essaye de dormir. Nous en reparlerons demain.
_Papa est rentré ?
_Il ne devrait pas tarder. Mais ne t'inquiète pas. Je lui raconterai tout.
Elle s'est relevée et a soufflé sur la bougie avant d'attendre que je me couche pour de bon. Puis elle a fermé derrière elle et a descendu les marches en évitant de faire claquer les talons de ses bottes.

Je me suis retourné dans mes draps mais je n'ai pas réussi à trouver le sommeil. Une porte s'est faite entendre et j'ai deviné que mon père était rentré. Je me suis redressé alors et j'ai tendu l'oreille. Je voulais savoir ce qu'elle allait lui dire.
« Et bien, tu m'as l'air fatiguée »
«
J'ai eu une journée étouffante. Et toi ? »
J'ai repoussé ma couverture et je me suis levé sur la pointe des pieds pour mieux m'approcher de ma porte. Je l'ai doucement ouverte et je me suis glissé dans le couloir en faisant ce qu'il fallait pour ne pas réveiller ma sœur qui dormait à côté. Mes parents étaient dans le salon. Ma mère assise dans le canapé et mon père qui retirait doucement les morceaux superflus de son armure. Alek dormait à côté, vieillissant, mais il a tout de même ouvert un œil pour me regarder. Il m'avait bien entendu malgré la distance. J'ai posé un doigt sur mes lèvres et il l'a refermé en poussant un simple soupir. Ma mère l'a caressé avec attention avant que mon père ne vienne s'asseoir à ses côtés.

« Alors…de quoi voulais-tu me parler de si urgent pour que tu envoies Ashya me chercher ? »
« Eiron a fugué cet après-midi »
« Quoi ?! »
Il a fait mine de se relever mais elle l'en a empêché en lui prenant la main.
« Je l'ai retrouvé à Kamadan. Sain et sauf »
Il s'est rassis en soupirant de soulagement.
« …merci Dwayna…il est couché ? »
« Oui, secoué je dois le dire. Il… »
Elle s'est pincée les lèvres en serrant les doigts de mon père entre les siens.
« Des corsaires ont cherché à m'atteindre et il était là. Ils l'ont pris en otage »
« Kitty ! »
« Je suis intervenue à temps ! Il a eu très peur mais…quelque chose s'est passé entre temps »
Mon père s'est passé une main sur le visage, paniqué. J'ai été très touché de voir à quel point il avait peur pour moi.

« S'il te plait arrête ce supplice »
Ma mère a eu un sourire et lui a caressé la joue du bout des doigts.
« Il a un don. Je l'avais senti quand j'étais enceinte de lui, tu te souviens ? je t'en avais parlé »
« Bien sûr que je m'en souviens ! mais…de quel don est-ce que tu parles ? »
« Il sait appeler des esprits. Il a une ouverture sur le monde spirituel, il a même invoqué un esprit de douleur pour me protéger d'une attaque arrière »
« Il a fait ça ? »
J'ai tendu l'oreille et Alek a rouvert son œil.

« Mais…il n'est pas un peu jeune pour…faire ça ? »
Ma mère a repoussé une longue mèche de cheveux derrière son oreille, signe qu'elle était gênée.
« J'avoue que je m'y attendais pas aussi tôt mais…c'est une bonne chose non ? lui qui avait si peur de ne pas être comme nous »
Mon père a fait une moue explicite.
« D'accord mais…attention je suis très fier de lui hein ? mais…ce n'est encore qu'un enfant »
« Tu n'étais pas plus vieux lorsque Kormir t'a emmené avec elle pour te ramener près des lanciers du soleil »
« C'était différent »
« Peut-être mais de toute façon, les choses sont faites. Maintenant qu'Eiron a brisé la barrière, d'autres esprits pourraient bien sortir s'il n'apprend pas se contrôler. Et puis…c'est aussi mon fils, a-t-elle soufflé un peu plus bas, et tu sais à quel point notre caractère peut être versatile »
Mon père a eu un soupir puis a regardé ma mère avec tendresse en repoussant cette mèche qui refusait de tenir toute seule.
« Le mieux sera de lui en parler demain…je suis certain que tu as déjà réfléchi à la question, mais ce sera à lui de prendre sa propre décision. Il est intelligent, je sais qu'il comprendra très bien la situation »

Elle a acquiescé sans bruit et il l'a embrassé avant de la prendre contre lui. Alek a baillé de tout son long puis s'est étiré des quatre pattes avant de trotter dans ma direction. Le message était clair. J'ai rapidement fait demi-tour tandis qu'il montait les escaliers de quelques bonds agiles pour un félin de son âge, et il m'a suivi dans ma chambre pour être certain que je n'en ressortais pas avant le petit matin.
« Alors je sais invoquer des esprits…c'est super ! me suis-je félicité une fois dans mon lit sous la garde du familier de ma mère, ça veut dire que moi aussi, je peux devenir un héros ! »
Alek a eu un long soupir comme s'il réalisait ma naïveté d'alors mais il a posé ses moustaches près de ma tête. Je l'ai caressé jusqu'à ce que la fatigue me rattrape et il m'a poussé du museau afin que je m'enfouisse dans mes draps et n'attrape pas froid par ces nuits rafraîchissantes.
Bien sûr, j'ignorais encore ce que cela voulait dire. Dans ma tête, mes parents allaient m'apprendre à contrôler ce nouveau don qui venait de se réveiller à moi et nous allions enfin pouvoir partir ensemble sur les routes.

La vérité évidemment serait beaucoup moins idyllique. Cantha et le monastère de Shing Jea m'attendaient, ainsi que maître Togo, le grand maître ritualiste qui allait m'enseigner à devenir ce héros que j'espérais tant devenir. Mais ça…c'est une autre histoire.

(Alors si vous vous posez sur des question du style "comment le fils de Kitty peut rencontrer Togo alors qu'il est censé mourir en même temps que la Liche, c'est à dire approximative 10 ans avant cette histoire", sachez que pour ma part...dans mon RP disons, j'ai volontairement séparé l'histoire de Cantha et de Tyrie, car faire les deux en meme temps, c'est une abhération chronologique. Bien sûr, rien en vous oblige à y faire attention ^^ c'était pour faciliter votre compréhension. voilà smile.gif)


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Kitty
posté 29/05/2008, 15:32
Message #12


Modératrice GW


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Autre histoire. Sans les De Palombe cette fois ! (j'en vois qui soupirent de soulagement tongue.gif)
Le thème que j'ai choisi cette fois est : "Métamorphose". Me demandez pas comment je trouve des sujets pareils, je ne sais pas moi même.
C'est peut-être un prologue, je ne sais pas encore. Autre point à souligner, certaines choses sont disons...suggérées. Y a rien de "olé olé", hein, mais je préfère prévenir tout de même. On a des mineurs dans la salle (même si on en voit beaucoup plus à la télé, faut pas déconner)

Bonne lecture à vous.

La neige était lourde et tantôt marquée de quelques gouttes de sang. L’animal avançait lentement, le ventre étrangement taillé dans sa chair. La langue pendante et la queue basse, il semblait puiser dans ses dernières forces pour toujours faire un pas de plus.
_Le voilà !
Il tressaillit et sa fourrure se gonfla sous la colère quand des hommes apparurent derrière les sapins couverts d’un manteau blanc. Il montra des crocs mais se ravisa bientôt quand il découvrit leur nombre. Ils étaient une dizaine rien que pour lui.
_Tu l’as touché !
_Ouais. Encore une fois et je pourrai accrocher sa tête sur mon mur.
Le chevalier dégaina son épée et le loup à la taille bien plus imposante qu’une bête normale se mit à grogner, les épaules arquées en avant. Il recula de quelques pas quand le soldat vint dans sa direction, confiant.
_Allez, laisse-toi faire, sale monstre !
L’intéressé fit un petit bond sur le côté pour éviter la lame mais eut comme un couinement de douleur quand du sang s’écoula plus rapidement de sa blessure.
_T’as beau être énorme, tu n’es pas plus malin de les autres !
L’animal se mit à boiter et regarda l’épée scintiller au-dessus de sa tête, prête à fondre sur lui sans plus de remord. Mais c’était mal le connaître. Quitte à tout risquer, il évita le coup et se jeta directement à la tête de son assaillant pour l’attraper à la gorge.
_AAaaah !
_Le salaud ! Il a eu Than !
Le sang gicla tel un simple jet d’eau et le loup retomba sur la neige, la gueule sanguinolente. Cette simple sensation eut l’air de lui rendre ses forces perdues, mais tous les chasseurs préparaient maintenant leur arc pour venger leur ami agonisant dans cette neige pure, le bras désespérément tendu par l’animal qui le dénigra en faisant brutalement demi-tour. Il courut loin et aussi vite que possible pour éviter leurs flèches. Mais il fut obligé de slalomer entre les arbres alors que le sang qui perlait derrière lui le trahissait toujours plus.

Il s’arrêta une seconde, le souffle difficile, et regarda autour de lui pour trouver une cachette. Sans ça, ces hommes le rattraperaient encore une fois et il ne serait jamais tranquille.
_Dépêchez-vous, il va encore nous échapper !
La voix des chasseurs le fit tressaillir et il dévala la colline totalement enneigée en laissant une traînée. Il trébucha même et se retourna avec le museau blanc.
Il s’ébroua violemment quand soudain, il eut une idée. Devant lui se tenait une énorme quantité de neige vierge, sans doute échouée des branches qui ne pouvaient plus soutenir une telle masse. Il jeta un coup d’œil derrière lui pour s’assurer de ne pas être vu puis se jeta à corps perdu à l’intérieur. Il s’enfonça autant qu’il put en grattant pour se faire un nid et se retourna afin de faire tomber les flocons dans le trou qu’il venait de faire. Il resta ainsi tapi, immobile et attendit de voir si les chasseurs allaient tomber dans le panneau.

_Par ici !
Il frissonna de joie quand il les vit passer non loin de lui en suivant les traces faites dans sa chute. Il attendit patiemment de ne plus les entendre qu’au loin et jaillit de son trou pour rapidement mettre de la distance entre eux et lui. Il courut autant qu’il le put avant que la douleur ne refasse surface et son flan se fasse si brûlant qu’il crut être définitivement coupé en deux.
Il ralentit petit à petit et ne put bientôt ne faire qu’un seul pas avant de s’effondrer de tout son long dans cette poudreuse qu’il ne pouvait même plus voir en peinture. Il poussa un râle et tenta de se redresser, mais il trembla de tout son long et s’écroula de nouveau. L’inconscience le frappa de plein fouet et il reste seul sous cette neige qui le recouvrit peu à peu, silencieuse.

« Ne bouge pas Diurne, laisse-la dormir »
Une voix fit brutalement sursauter l’animal qui regarda rapidement autour de lui avant de retomber sur ses bras, la douleur lancinante.
_Ah, elle est réveillée. Houlà doucement !
L’inconnu eut un réflexe quand l’animal jeta sa main pour le griffer. Sa main ?
_…un peu bouleversée non ?
L’inconnu eut un sourire quand il la vit regarder ses doigts avec des yeux d’enfant. Elle les bougea les uns avec les autres comme si elle ne parvenait pas à croire à ce miracle, puis baissa les yeux et vit que sa fourrure avait disparu. A la place se dessinait une peau claire, quoiqu’un peu bronzée. Et une poitrine qui n’avait rien d’animal.
_Ah ah je n’ai rien vu !
L’homme eut un rire en regardant ailleurs quand la jeune femme eut un sursaut et se couvrit instinctivement, soudain pudique.
Il revint vers elle après quelques secondes, prudent, et la vit s’observer dans tous les sens, se palpant et bougeant ses orteils avec un étonnement mutin. Le rôdeur la laissa faire un moment, à la fois surpris et amusé. Elle avait quoi ? une vingtaine d’année ? bien formée, musclée, sans doute nécromante, à en juger par les cicatrices qui couvraient ses chevilles et ses poignets. Elle avait beaucoup voyagé pour avoir oublié qu’elle était humaine sous ce corps de loup. Loup tellement imposant qu’il avait d’abord cru avoir à faire à un mâle. Mais pour être franc, il préférait cette apparence.

_Ag…
Il reprit ses pensées quand elle serra les dents, une main portée sur le bandage qu’il avait imposé sur sa blessure. Cette dernière saignait encore et il y avait de quoi. La lame de l’épée qui l’avait touché s’était profondément enfoncée dans sa chair et avait même brisé deux côtes. C’était à se demander comment elle avait tenu pendant tout ce temps.
_Tu devrais dormir, lui dit-il après un moment, tu dois récupérer avant de marcher à nouveau.
Elle le regarda subitement comme si elle avait oublié qu’il était là et obéit, de toute façon épuisée. Elle se recoucha sous cette peau d’ours finement nettoyée et ferma les yeux, à peine soulagée. Le rôdeur s’approcha sans bruit et la vit déjà endormie, les cheveux éparts sur le visage. Son familier, un loup gris des plaines d’Ascalon, renifla discrètement un orteil laissé au-dehors mais son maître lui fit rapidement signe de cesser. Ils allaient veiller sur elle, mais à distance. Après tout, ils ne la connaissaient pas. Et une femme capable de devenir animale pouvait très bien être dangereuse. Même pour ceux qui acceptaient de la secourir.
_Reste avec elle, déclara le rôdeur à son compagnon, je vais aller nous chercher quelque chose à manger. Elle doit sans doute mourir de faim. Et gourmand comme tu es, nous n’avons déjà plus aucune réserve.
Le loup n’eut qu’un soupir et se posa non loin de la couche, le museau entre les pattes. Son partenaire attrapa son arc et écarta la peau qui couvrait la sortie de la grotte. Il se jeta sous le vent de plus en plus violent, bien protégé par son armure de fourrure et referma soigneusement derrière lui.

Diurne se leva après un instant et se rapprocha de la jeune femme. Il la renifla sans discrétion et fit un bond violent quand elle rouvrit brutalement les yeux, les pupilles acérées. Il montra des crocs, le poil hérissé et elle s’appuya sur le coude, attentive. Diurne continua de grogner un moment puis se calma petit à petit, alors conscient qu’elle se contentait de le regarder, indifférente.
Elle tendit une main sans force vers lui et il se dépêcha de la renifler sous toutes les coutures avant d’accepter de se laisser caresser entre les deux yeux. Il s’approcha peu à peu puis s’enroula à ses côtés et accepta cette main qui lui lissa le poil avant de s’arrêter après un moment, de nouveau endormie.

Lorsque le rôdeur revint, tirant derrière un ours polaire accroché au bout d’une corde, il les trouva lovés l’un contre l’autre, stupéfait. Diurne n’était pas du genre à faire confiance à n’importe qui pourtant.
Il tira la carcasse à l’intérieur pour la mettre à l’abri et remit la peau de bête à sa place pour tenter de couper le vent de la tempête qui parcourait toute la lande. Il délia la corde et poussa l’ours sur le côté afin de pouvoir s’asseoir un instant, fatigué. Il retira ses gants et attrapa deux pierres pour faire naître un feu au centre de la grotte et se réchauffer un peu. Les étincelles jaillirent bientôt et il souffla sur les brindilles pour les faire augmenter. Bientôt, les flammes se soulevèrent et il put s’éloigner une seconde pour se changer, trempé jusqu’aux os.

Il attrapa ensuite de quoi dépecer l’ours et entreprit calmement son ouvrage pour éloigner la fourrure blanche des morceaux de viande.
Cela dura un bon moment car l’animal était costaud. Mais ses deux compagnons dormaient toujours profondément, dans une même respiration. Il se nettoya les mains dans la neige fondue et conclut qu’ils devaient être vraiment fatigués pour ne pas s’être réveillés avec tout ce sang. Une fois les morceaux de viande laissés dans des sacs de sel qu’il avait préparé bien avant ce voyage, il s’étira longuement puis fouilla dans sa giberne pour en sortir un parchemin et de quoi écrire.

Plusieurs heures plus tard, alors que le feu commençait à s’éteindre, il sentit les douleurs des articulations et commença à s’étirer quand il réalisa que deux yeux le fixaient sans bruit. Elle le regardait faire avec une certaine curiosité, mais silencieuse, attentive.
_Bien dormi ?
Elle bougea à peine la tête pour lui répondre et il lui sourit, soulagé à l’idée qu’elle puisse le comprendre.
_Tu as peut-être faim. J’espère que tu aimes l’ours car c’est tout ce que j’ai trouvé sur le chemin.
Il se retourna pour prendre certains morceaux qu’il avait à peine fini de découper et elle se redressa légèrement, les sens en alerte. Il approcha la viande du feu renaissant et l’odeur fit aussitôt tressaillir la jeune femme. Son estomac se fit tout de suite entendre, ce qui sembla presque la surprendre, et le fit sourire jusqu’aux oreilles.
_Tiens. Attention c’est chaud.
Il se leva pour lui tendre le morceau avec l’os permettant de le tenir et elle lui arracha presque de la main avant de se jeter dessus avec un appétit bestial, peu inquiète par les conventions que l’on respectait normalement à table. Le rôdeur la regarda faire, inquiet. Elle dévora la viande avec une telle avidité que s’en était effrayant. Il était difficile de voir cette femme magnifique se comportait comme un ogre. Même Diurne était surpris, les oreilles en alerte.

_C…c’était bon ?
Elle jeta l’os maintenant marqué de traces de dents et eut un renvoi particulièrement sonore avant de se lécher les doigts avec avidité. Le rôdeur déglutit et préféra regarder ailleurs, soudain mal à l’aise. Elle ne sembla pas s’en rendre compte, encore affamée. Il préféra lui donner un autre morceau, qu’elle avala tout aussi goulûment. C’était à se demander si c’était une louve changée en humaine ou l’inverse…impossible à savoir tant qu’elle ne retrouverait pas la parole…si elle savait parler du moins.

A chaque retour de chasse, il la retrouva sous cette peau de bête, soit endormie, soit pensive, les yeux dans le vide. Il lui avait trouvé des vêtements en rejoignant la première ville norn mais ils étaient évidemment trop grands pour moi. Ils avaient seulement le mérite de la couvrir.
_Je sors, déclara-t-il pour le quatrième jour, Diurne vient avec moi, ça ne te dérange pas ?
Une fois de plus, elle se contenta de bouger la tête pour lui répondre et il sortit sans bruit sous cette tempête qui ne semblait pas vouloir cesser. Elle écouta ses pas s’enfoncer dans la neige et quand il disparut pour de bon, elle se redressa, une main sur sa blessure, et fit quelques pas dans la grotte sans difficulté apparente. Elle fureta ici ou là et dénicha les parchemins sur lequel écrivait son gardien. Elle en déroula un avec précaution mais le remit bientôt à sa place. C’était toujours la même histoire : il racontait visiblement ses mémoires à travers ses péripéties en tant qu’aventurier. Cela n’avait rien de passionnant, le pauvre n’était pas doué pour l’écriture. Elle remarqua cependant qu’il en avait caché un autre, plus profondément dans ses affaires, et la curiosité faisant, elle ne put s’empêcher de l’attraper sans pour autant être brutale.

Elle le déroula à son tour et gigota pour retrousser les manches de ce manteau décidément trop grand pour elle.
« Troisième jour. Elle dort toujours aussi profondément, mais je la sens sur ses gardes. Elle refuse toujours de me dire son nom…peut-être qu’elle ne s’en souvient plus au demeurant. Mais j’ai des doutes. Elle est délicieusement attirante mais bien trop dangereuse pour un homme comme moi. J’ai beau avoir parcouru tous les pays de ce monde, jamais je n’ai rencontré telle créature. Elle semble vivre dans un autre univers, tantôt innocent, tantôt violent mais elle ne laisse aucune trace de ses pensées sur son visage. J’avoue que je ne sais quoi penser…dois-je l’emmener à la station boréale pour la montrer aux autres ? dois-je la laisser ici en attendant peut-être vainement qu’elle me dise enfin qui elle est ? Diurne s’est attaché à elle comme à une sœur. Il semble vouloir la protéger. Même de moi »

Les mots s’arrêtèrent là. Elle eut une grimace lorsque ses bandages la démangèrent et elle remit le parchemin à l’endroit même où elle l’avait trouvé. Elle se défit de ce manteau de fourrure et entreprit de les retirer pour voir où en était sa blessure. Il n’y avait plus qu’une cicatrice encore noire mais elle était quasiment guérie. Elle tata à côté pour s’assurer que ses côtes n’étaient plus brisées et se rhabilla chaudement, soudain frissonnante. Elle raviva le feu en secouant les brindilles et ouvrit les mains, pensive.

Quand le rôdeur revint avec une autre créature bonne à manger, elle était toujours là, assise en tailleur. Il fut surpris de la voir sourire et en fut soudain tout chamboulé.
_Tu vas peut-être bientôt pouvoir nous accompagner, déclara-t-il en dénouant la corde qui tenait les pattes de sa nouvelle proie, si ta blessure est…
Il s’arrêta quand il sentit sa présence juste derrière son dos. Son cœur ne put s’empêcher de s’accélérer. Par peur ou par envie ?
_Euh je…
Il se retourna avec prudence, l’imaginant presque montrer les crocs, mais au contraire elle se contenta de le regarder avec un petit sourire. Il recula d’un pas quand elle s’avança et son dos se buta contre le mur de la grotte. Elle était si proche qu’il fit tous les efforts possibles pour ne surtout pas baisser les yeux mais il trembla de tout son long quand elle vint renifler son odeur jusque dans son cou.
_Ecoute je…ce n’est pas que je ne veux pas mais…
Elle le regarda dans les yeux et il se sentit totalement envoûté, sans aucune autre volonté que celle de lui céder.
_…si tu y tiens vraiment…
Il se laissa guider jusqu’à sa couche, aussi docile qu’un adolescent et la regarda venir vers lui, soudain peu assuré. Mais il ne devait en aucun cas lui montrer ses faiblesses. Tout de même ! ce n’était peut-être pas un étalon mais aucune de ses maîtresses n’avait eu à se plaindre de ses capacités. Il espérait juste se montrer à la hauteur avec une femme-louve qui respirait la sensualité.

Lorsqu’il reprit ses esprits, elle s’était endormie en position de fœtus à ses côtés, ses ongles presque ancrés dans sa poitrine. Il eut presque une grimace en pensant à toutes les griffures qui devaient lui parcourir le dos, mais le plaisir était bien plus intense à ce moment précis. Il ferma un instant les yeux mais il était éprouvé, le corps cassé. Elle avait une énergie débordante.
_Humm…tion…
Il rouvrit les paupières quand il entendit un murmure. Il baissa le nez et la vit trembler, les ongles un peu plus acérés. Il lui attrapa doucement le poignet pour éviter qu’elle lui arrache un bout de peau et comprit qu’elle rêvait.
_Eh…
Il la secoua doucement mais elle poussa un cri de douleur aigu. Il la lâcha aussitôt, surpris et se laissa faire quand elle vint brutalement se blottir contre lui. Il sentit la force qui émanait de ses bras alors qu’elle semblait vouloir le serrer contre elle et serra les dents en se demandant s’il allait résister à la pression.

_…lios…
_Lios ?
Il tenta de desserrer son étreinte avec douceur, de crainte qu’elle ne se réveille trop brutalement, mais il fut choqué par ce visage de tristesse qu’elle lui afficha bientôt, une larme glissant le long de son nez.
_…Hélios…
Il se figea un instant puis se laissa retomber contre la couche, blessé. Il se passa une main sur le visage et la regarda avec envie. Evidemment qu’il y avait quelqu’un d’autre…ce n’était pas parce qu’elle était seule qu’elle n’avait personne dans sa vie. Il l’entendit clairement pleurer et décida que pour l’instant, c’était lui qui devait veiller sur elle. Même s’il n’était pas celui qu’elle espérait.
_…je ne sais pas qui est cet Hélios mais…il ne te mérite pas.
Il la garda contre lui malgré ses ongles et se rendormit bientôt, bouleversé.

A son réveil, il se sentit seul sous la peau d’animal. Il fronça les sourcils en entendant le feu crépiter sur ses brindilles, sans doute ravivé pendant son sommeil et fouilla la grotte d’un regard encore un peu vitreux.
_Tu es là ?
Diurne dressa les oreilles et vint près de son maître pour l’aider à se réveiller. Ce dernier s’assit et se massa la nuque avant de se rendre compte qu’il était tout seul. Les vêtements trop larges qu’il lui avait trouvé avaient disparu et elle n’avait laissé une trace en sortant sans bruit.
_C’est pas vrai !
Il repoussa violemment ce qui le couvrait et se redressa malgré sa tenue d’Adam. Il voulut presque se jeter dehors mais le vent et la neige le rappela bientôt à l’ordre et il fit volte-face pour attraper son armure. Un bout de parchemin vola alors qu’il se saisissait de son pantalon et Diurne l’attrapa avant qu’il ne tombe sur les flammes.
_Gnouf !
_Ce n’est pas le moment Diurne, tu vois bien que… !
Le loup poussa un grognement et le bloqua en se plaçant devant lui. Le rôdeur fronça les sourcils et attrapa ce parchemin qui lui appartenait. Dessus, quelques mots écrits à la plume d’une belle écriture arrondie.
« Merci. Et pardon »
Il regarda le parchemin sans y croire, soudain emporté par une colère sourde. C’était tout ?!
Il voulut mettre ce bout de papier en boule mais remarqua bien vite que ses doigts étaient tachés de cette encre encore humide. Il retourna alors le parchemin et vit qu’elle avait écrit autre chose, sans doute dans un effort d’explication. Mais pour une raison inconnue, elle avait préféré faire court et s’en tirer avec un simple pardon.
« Je m’appelle Hylenia…et je suis l’une des dernières femmes-louve de ce monde… »
Sa colère s’évanouit et il sentit alors toute la tristesse qui imprégnait ces mots. Hylenia…allait-il la revoir un jour ?

Voilà voilà happy.gif


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Kelundrum
posté 01/06/2008, 00:38
Message #13





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Message : 732
Joint le : 22/12/2007
De : Montpellier
Membre No. : 93



Malgré la conclusion de la dernière nouvelle ( je la trouve assez triste sad.gif ) c'est la nouvelle que j'ai apprécié le plus.

Par contre , je n'ai pas lu celle de l'histoire des De Palombe tongue.gif



--------------------
Mai , répond moi qu'est ce qu'il ce passe!
Mai ? Ah ouai la petite asiatique qui cogne sur tout ce qui bouge, elle n'est pas prête de reparler à quelqu'un.
La dernière fois que je l'ai vue elle était tout en bas d'une sorte de cage d'ascenseur avec un camion planté dans le cul.
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leviak
posté 01/06/2008, 03:36
Message #14





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Message : 1
Joint le : 01/06/2008
De : Farm son survivant un peu partout ^^
Membre No. : 4 105



sérieusement je suis ébahi par tes nouvelles j'espère en relire bientôt j'ai ADORER habituellement je déteste lire mais la j'ai été pris tout de suite tu devrait écrire des livres tu as une imagination débordante et celle ci doit être exploité!!

encore merci.
Leviak.
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Kitty
posté 01/06/2008, 13:58
Message #15


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Message : 508
Joint le : 23/12/2007
De : Nord de la Tyrie
Membre No. : 117



Et bien, je suis vraiment contente que cela plaise même à ceux qui n'aiment pas lire d'habitude. Sincèrement blush.gif . Ce sont des petits textes sans prétention mais j'essaye tout de même d'y apporter quelque chose, sinon cela ne servirait à rien happy.gif .
Avec ça, je suis venue poster un autre texte sur Hylenia. Rassurez-vous, je ne vais pas en faire un autre pavé. Mais je pense qu'elle mérite mieux que cette triste anecdote...son besoin de vérité m'a sans doute influencé wink.gif .

Bonne lecture à vous tous, et merci encore de prendre le temps de lire tout cela.

"La neige toujours la neige…il ne semblait avoir que ça dans ce monde. Hylena avançait lentement, se battant contre ce vent qui lui fouettait le visage, les bras croisés pour garder un temps soit peu de chaleur. Elle marchait depuis des heures mais cela lui semblait déjà être une éternité. Elle aurait sans doute été plus rapide sous sa forme animale, mais sa blessure l’a faisait encore souffrir. Elle serait totalement guérie d’ici un jour au deux, cependant, pour le moment, elle préférait rester sur ses deux jambes, bien que ces dernières étaient gelées.
« Hum ? »
Elle remarqua entre deux slaves de neige blanche, une étrange structure qui devait ressembler à une porte pour changer de zone. Elle passa le tourbillon avec appréhension et eut un long soupir en découvrant encore tout un étalage de neige à ses pieds. Seul avantage : le vent qui avait enfin décidé de se taire un peu.
Elle repoussa ses cheveux trempés et regarda autour d’elle, méfiante. Un homme se trouvait là. Un homme…devrait-elle penser plutôt à un géant. Lourdement armé, le visage caché derrière un casque à pointe, et visiblement peu réceptif au froid car il était torse nu, arborant des muscles assez impressionnants.

Elle n’avait jamais vu un tel personnage mais cela venait sans doute du fait qu’elle se trouvait dans une région totalement inconnue. Elle préféra l’éviter avec soin, les sens en alerte et continua sa marche dans cette neige qui lui arrivait maintenant jusqu’aux genoux. Elle dut prendre sur elle pour continuer d’avancer, slalomant alors entre les Avalanches et les élémentaires, consciente qu’elle était encore diminuée. Elle eut du mal à éviter les esprits des grands esprits de pin et dut même sauter dans une crevasse pour ne pas se prendre leurs jets de pierre. Elle attendit patiemment qu’ils s’éloignent et remonta à la surface pour vite se faufiler dans la montée. De jeune guivres la firent sursauter lorsqu’elles jaillirent sans prévenir, mais elle réalisa bien vite leur inaction et se dépêcha de quitter leur territoire pour gagner cette autre porte tourbillon qui l’accueillit après de longues minutes de marche forcée dans cette neige compacte.

Elle sentit la chaleur l’envahir et comprit qu’elle avait gagné un abri. De nombreux aventuriers vivaient d’ailleurs ici et ne remarquaient même pas sa présence, tous occupés à leurs propres affaires. Cela l’arrangeait.
Elle s’en alla se reposer dans un coin plus sombre et essaya d’essorer ses vêtements sans pour autant se déshabiller. Elle avait retrouvé sa pudeur humaine, même si en soit, cela ne la dérangeait pas plus que ça. Ce qui l’ennuyait pour le moment, c’était ces loques trouvées par le chasseur. Elles n’étaient pas du tout confortables et encore moins pratiques.

Elle resta assise un long moment pour observer le monde qui l’entourait, une main sur sa blessure. Il y avait de tout, des guerriers, des moines, des élémentalistes…que venaient-ils faire ici au juste ? il n’y avait rien à part cette neige et ces étranges créatures…un trésor peut-être ?
Elle se gratta machinalement une oreille mais figea son geste quand elle sentit le regard intrigué d’un nain mal fagoté. Elle préféra regarder ailleurs, oppressée. Cela faisait combien de temps qu’elle ne s’était pas conduite comme une femme de ce monde ? combien de temps qu’elle fuyait ?

La faim lui fit reprendre ses esprits. Elle qui devait manger quelque chose comme son propre poids en viande pour être sûre d’être en forme, était loin du compte. Elle n’avait pu se résoudre à voler les dernières réserves du rôdeur qui avait pris soin d’elle…certes, elle ne connaissait même pas son nom…et même après lui avoir donné ce qu’il désirait, elle se sentait encore redevable. Cependant, elle avait encore du mal à comprendre ce qui l’avait poussé à la soigner. Sa situation n’avait pourtant rien de commun…

Elle décida de changer de place pour éviter de se faire remarquer et devina une sortie de l’autre côté de cette grotte protectrice. Beaucoup s’en allaient par là. Bien qu’elle détestait suivre le mouvement, l’insécurité ambiante lui fit penser qu’elle n’avait pas le choix.
Elle secoua une dernière fois ses vêtements et prit une longue inspiration pour retourner sous cette satanée neige. Elle suivit un groupe de mercenaire à bonne distance et utilisa ses sens pour les repérer au loin. L’avantage était qu’ils nettoyaient la place de ces monstres belliqueux. C’était lâche, elle le savait. Elle qui avait l’habitude d’être forte et assurée détestait vraiment ce sentiment d’impuissance qui lui étreignait la poitrine. Elle avait juste besoin d’un endroit sécurisé pour cicatriser et ensuite elle repartirait sur la route. Pourquoi ? …elle avait été tant portée par ses instincts qu’elle avait encore du mal à rassembler ses souvenirs.

Enfin, le groupe qu’elle suivait avec prudence descendit dans le creux d’une vallée et elle découvrit un lac gelé particulièrement glissant avec dessus, une structure diablement imposante. Gigantesque, dressée vers le ciel, qui avait réussi à la bâtir dans un tel endroit ? ce n’était pas humain, elle en était certaine…peut-être de ces hommes imposants ou les nains…pour l’instant, ce n’était pas ce qui l’intéressait, mais plutôt cette lueur qui semblait accueillir les mercenaires qui continuaient à avancer sans savoir qu’ils étaient surveillés par une créature telle que la jeune femme.

Elle hésita un long moment à marcher dans leur pas, ignorant parfaitement ce qui se passait à l’intérieur d’un tel monument, mais alors qu’elle réfléchissait, son ouie perçut du mouvement dans son dos. Elle fit volte-face et découvrit un groupe entier de mangrove qui se dirigeait droit vers elle, répandant déjà leur poison dans sa direction.

Elle poussa un grognement sourd en reculant prudemment, arquée en avant. Une charognarde glissa sous la neige pour l’attaquer directement. Elle se prépara à la recevoir et l’arrêta à quelques secondes à peine de son visage en la frappant brutalement. Mais la douleur la fit crier : elle n’avait plus aucune force. La femme qu’elle était n’était rien à côté de la louve. En regardant ses doigts, elle comprit qu’elle n’avait aucune chance face à ces carapaces et préféra prendre la fuite. Elle se jeta dans la neige en contre-bas et se laissa glisser lourdement avant de s’effondrer sur la glace dure comme de la pierre. Elle dérapa maladroitement en essayant de se redresser et retomba sur les genoux tel en faon en mal d’équilibre. Des cris stridents lui firent comprendre que les mangroves ne viendraient jamais la chercher ici et elle préféra rester assise, le temps que le monde cesse de tourner autour d’elle.

Elle regarda sa main écorchée et soupira avant de la lécher pour nettoyer ce sang qui suintait. Comment faisait-elle avant lorsqu’elle était sous cette apparence ? avait-elle été toujours aussi faible ? ces cicatrices qui lardaient ses poignets et ses chevilles avaient-elles une quelconque signification ?
Elle cracha un morceau de peau puis eut un couinement de désespoir. Elle ne se souvenait de rien à part son prénom…peut-être aurait-il mieux fallu qu’elle reste avec ce rôdeur…il avait l’air de vouloir la comprendre…

Elle resta ainsi un long moment avant qu’elle ne réalise avoir aussi froid aux fesses. Elle tenta de se redresser et eut mal à rester debout, les bras tendus afin de ne pas retomber aussitôt sur cette glace perfide.
Elle avança pas après pas puis reprit de l’assurance pour accélérer légèrement. Elle atteignit un pan de neige dure après une longue cascade et souffla de soulagement en se découvrant non loin de l’entrée de l’immense construction. Elle regarda autour d’elle et risqua un œil vers cette lueur. Beaucoup de bruit venait de l’intérieur : ils étaient tous bien en vie.

Elle avança à pas prudent, tous ses sens en alerte et passa le tourbillon. Elle sursauta aussitôt quand elle découvrit la foule compacte qui se pressait au centre et regretta d’être entré ainsi tête baissée.
Elle se faufila le long du mur pour tenter de rejoindre un endroit plus calme mais il y avait des gens partout, bruyants, hurlants, vulgaires, pressés…elle se saurait cru sur la place du marché le jour des arrivages de marchandise et ce n’était pas pour lui plaire.

Prise par la panique et par l’envie de s’enfuir, elle se précipita vers un autre tourbillon en espérant retrouver le silence. Par chance, elle découvrit une salle totalement déserte avec au centre, un grand bassin d’eau claire.
Soulagée bien qu’encore fébrile, elle descendit les marches qui l’y menait et s’enroula en boule dans un endroit sec, réchauffée par les torches qui illuminaient les tentures accrochées aux quatre coins. Personne ne semblait venir ici. C’était si silencieux et si tranquille qu’elle s’endormit sans même le réaliser, épuisée par toutes ces émotions."



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Kitty
posté 03/06/2008, 19:27
Message #16


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Autre petit morceau.
Bonne lecture.

_Eh là ! qu’est-ce que tu fais ici toi ?!
Une voix la réveilla brutalement. Elle poussa tout de suite un grognement dans une position qui n’avait rien d’humain, la nuque hérissée. La jeune femme qui lui faisait face eut une mine explicite, son bâton d’envoûteuse tendu dans sa direction.
_Je ne sais pas comment tu as pu entrer sans mon autorisation, reprit-elle d’une voix qu’elle voulait effrayante, mais tu vas repartir d’où tu viens, et vite fait !
Hylenia montra des crocs et sentit l’énergie poindre au bout de cette arme. Elle fit un bond sur le côté pour éviter le maléfice et sauta sur cette fille qui poussa un cri de peur en s’écroulant sur le dos. Son bâton roula loin d’elle et s’arrêta près du bassin d’eau. Hylénia lui bloqua les poignets et approcha son visage du sien, curieuse. La fille ferma brusquement les yeux et se laissa renifler, non sans une grimace de dégoût. Hylenia éternua à cause de son odeur et décida de la relâcher, consciente qu’elle n’était pas vraiment dangereuse. L’inconnue se recroquevilla aussitôt dès qu’elle sentit lâcher sa prise et se précipita sur son bâton, comme si elle ne savait pas se battre sans lui. Mais Hylenia la doubla sans difficulté et attrapa l’arme entre deux doigts.

_Rends-le moi ! Tu ne saurais pas t’en servir !
La nécromante renifla le bâton puis haussa les épaules avant le lancer par-dessus son épaule avec dédain.
_Non !
Il tomba au centre du bassin où l’eau se troubla par ricochet dans un joli reflet.
_Espèce d’idiote ! Je fais comment maintenant pour le récupérer ?!
La fille se pencha au-dessus du bassin mais ce dernier était plus profond qu’à première vue. Hylenia la regarda tendre la main avec effort, mais c’est à peine si ses doigts frôlaient la surface. Elle haussa un sourcil et passa la jambe par-dessus le rebord.
_Eh ! Qu’est-ce que tu fais ?
L’eau lui arriva jusqu’à la taille. Elle avança sans effort, comme réchauffée de l’intérieur, et s’arrêta une fois devant le bâton échoué. Elle donna un petit coup dedans par jeu, puis décida de le reprendre sans savoir vraiment pourquoi elle faisait ça. Cette gamine était irritante mais elle semblait vraiment perdue sans son bâton chéri.
_Qu’est-ce que…sors de là, vite !
Hylenia reprit ses esprits et réalisa que l’eau tourbillonnait autour d’elle. Soudain effrayée, elle jaillit hors du bassin et poussa un autre grognement pour la contenance, dégoulinante avec ses vêtements de fourrure devenus plus lourds comme des éponges imbibées.
_Comment as-tu fait ça ?
Elle repoussa ses cheveux et se rapprocha du bassin qui tourbillonnait si fort qu’il lui éclaboussa le visage.

Peu à peu, des images se dessinèrent, fades d’abord, puis plus colorées.
_…c’est toi ?
Elle tira son cou pour voir ce qui intriguait l’envoûteuse et fronça du nez en devinant sa propre silhouette se refléter sur la surface. Mais elle était différente ; droite, fière, portant une armure sombre qui soulignait ses formes, bien différente de la créature qu’elle était devenue aujourd’hui. Elle se vit lancer des maléfices avec hargne, dresser des minions avec amusement, se jeter sur ses ennemis pour leur prendre cette vie qui allait allonger la sienne avec délectation …
Un homme se battait à ses côtés. D’abord flou, son visage se précisa et prit l’apparence d’un lancier du soleil. Un grand noir au crâne chauve plutôt séduisant qui chantait à tue tête avec une voix de ténor.

_…Hélios…
L’envoûteuse leva les yeux vers la nécromante qui regarda ce visage d’homme avec un regard explicite, plein d’attention et de panique.
_NON !
Elle plongea sa main dans le bassin quand une faux vint transpercer le corps du lancier et que le sang envahit cette vision qui se troubla aussitôt au cri de la jeune femme.
_C’est fini…tu as brisé le lien.
La jeune fille se redressa et ramassa son bâton éjecté lors du tourbillon. Hylenia tomba sur les genoux, les membres sans vie.
_Je ne sais pas qui tu es…mais j’ai bien peur que ton ami se trouve dans les Limbes aujourd’hui. On ne survit pas à une blessure pareille. Surtout sans moine à ses côtés.
Hylenia baissa la tête, les larmes aux yeux. Elle serra les dents et sentit la colère l’envahir, tremblante.

_AAAHHH !

L’envoûteuse sursauta violemment et serra son bâton entre ses mains quand elle vit dans un mélange d’horreur et de fascination, la transformation de la nécromante en une louve enragée. Sa fourrure noire l’enveloppa en quelques secondes tandis que ses muscles changeaient de forme. Ses vêtements trempés tombèrent autour d’elle quand elle s’échappa de leur emprise et elle s’ébroua violemment, le poil hérissé.
_Par Lyssa…
La jeune fille recula prudemment, tremblante de peur. Mais Hylenia l’avait déjà oublié. Elle voulait retrouver de l’air frais. Sortir d’ici et courir loin à perdre haleine. Oublier ces images affreuses qui lui frappaient les tempes.
_Eh ! Attends !
Elle s’échappa sans attendre, si rapide que l’envoûteuse ne put la rattraper avant même qu’elle ne traverse le tourbillon de sortie. Les Limbes…les Limbes ! C’était là-bas qu’elle devait aller !

Loin de là, dans un autre univers, une conscience naissait. D’abord informe, d’abord primitive, elle chercha autour d’elle pour voir ce qui l’entourait. Elle croisa plusieurs âmes perdus qui cherchaient leurs proche sans se rendre compte de leur nouvel état. L’une d’entre elle attira son attention. Prostrée dans un coin sombre, elle pleurait, la tête entre les mains.
La conscience se dirigea vers elle, intriguée.
« Pourquoi restes-tu ici ? »
L’âme redressa la tête et ne vit qu’une masse vaporeuse qui la regardait par deux yeux vides.
« Je ne devrais pas être là. Je devrais être là-haut, avec elle »
« Là-haut ? »
« Là-haut, avec les êtres vivants »
La conscience observa cette âme qui lui parlait de chose étrange. Elle décida de changer de forme et copia alors l’apparence de l’homme qui pleurait. Muscle, taille, il se dressa bientôt de tout son haut, déjà adulte après quelques minutes à peine de vie. Seul le haut de son visage restait invisible, les yeux cachés derrière des bandeaux dont émergeaient des pics plutôt dangereux.

« Raconte-moi, comment c’est là-haut ? »
L’âme n’eut qu’un soupir à fendre son cœur. Pourquoi le torturait-il ainsi ?
« Dis-moi »
Elle dévisagea cette étrange créature qui ressemblait maintenant à un homme. Elle s’assit d’ailleurs face à lui et copia sa position tout en le fixant à travers ses bandeaux. Sa candeur avait quelque chose d’effrayant dans ce monde envahi de monstres qui attendaient qu’une seule brèche pour retourner taquiner les hommes. Mais l’âme avait tout son temps à présent…

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Kitty
posté 10/06/2008, 19:16
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Joint le : 23/12/2007
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Autre petit morceau. J'adore le personnage de Razah, il y a tant de chose à faire avec lui ^^

Bonne lecture blush.gif

"Razah ouvrit les yeux et regarda autour de lui. L’âme d’Hélios avait disparu. Il avait traversé la barrière qui séparait les Brumes du Paradis Eternel et lui avait laissé un message. Hylenia…cette femme pour qui il avait des sentiments étranges que le nouvel homme ne pouvait comprendre. S’il pouvait la revoir, lui dire qu’il allait bien…et qu’il l’attendait. Il l’attendrait jusqu’à ce que les dieux aient décidé de les réunir enfin.

Razah eut un soupir. Il était de nouveau seul et ne savait pas quoi faire. Il regarda ses mains et les retourna pour enregistrer leur forme étrange. Il bougea un doigt, puis deux…il s’amusa quelques minutes à les plier et déplier avec rythme afin d’admirer sa dextérité.
Un grognement le fit sortir de ses pensées. Il réalisa que ses frères l’observaient avec agressivité. Il avait l’apparence d’un humain, avec ses muscles dessinés, cette peau claire et ce pagne qui couvrait ce qui faisait de lui un homme. Il n’avait plus rien d’un monstre….du moins en apparence.

Il pensa à cette femme qu’il ne connaissait pas. Comment la retrouver ? ils n’étaient pas dans le même monde. Devait-il sortir ? Devait-il attendre ?

Il se dirigea lentement dans les couloirs sinueux des Brumes, l’esprit embrouillé. En se frappant, il ressentait la douleur. Il entendait sa propre respiration, il sentait ces odeurs acres de souffre, il voyait ces couleurs de rouge, de feu, de ténèbres…un mot de folie passa près de lui et une de ses tentacules faillit le toucher. Il eut alors un réflexe qui le surprit : il fit un bond sur le côté et attaqua ce monstre qui ne lui avait rien fait. Ce dernier se retourna dans un sifflement et le frappa durement dans les côtes. Razah poussa un cri en tombant sur un genou et perçut pour la première fois le son de sa voix. Il n’avait parlé qu’avec son esprit au fantôme d’Hélios, il n’avait pas encore pris conscience qu’il pouvait parler.

Cette étrange sensation lui fit oublier la douleur. Il fut habité par un étrange sentiment semblable à la joie l’envahir et il faillit perdre l’idée qu’il était en train de se battre face au mot de folie agacé par son attitude. Ce dernier tendit ses multiples bras pour lui envoyer un sort de châtiment. Il encaissa le coup et fut heureux de s’entendre murmurer quelque chose, même s’il ne comprit pas ce qu’il disait. De la foudre jaillit au-dessus de la tête de la créature et la transperça de part en part. Razah vit ce spectacle avec admiration avant de comprendre que c’était lui qui l’avait provoqué.

Le mot de folie flotta un instant avant de se laisser tomber sur le sol comme une baudruche éventrée et mourut dans un sifflement d’agonie. Razah le regarda pousser son dernier souffle avec curiosité. Il se sentit fier. Mais une grimace changea son visage. Il baissa les yeux et vit quelque chose de rouge couler le long de sa hanche. Il plongea ses doigts et comprit que ce liquide venait de lui. Son propre sang. Il le goûta du bout de la langue mais n’apprécia pas vraiment. Il s’essuya sur son pagne puis décida de continuer sa route en passant au-dessus du corps en décomposition de son ancien ennemi. Il devait bien y avoir un passage vers le monde des humains…"

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